Fiche n °55 : Le Crépuscule des Mondes de Michael G. Coney

Publié le par Simatural

Couverture:


Résumé :

Autour du soleil Phu orbitent une planète et sa lune Rax. Sur ce monde se trouve une paisible colonie humaine. Une guerre fait rage, mais loin du front la vie continue, et les grandes vacances arrivent pour le jeune Pastour. Des vacances au bord de la mer qui se muent en fin du monde, à mesure que s’installe un crépuscule éternel…
Sur la planète Arcadia approche la conjonction de six lunes. Pendant cette Syzygie qui survient deux fois par siècle, une mystérieuse maladie mentale fait rage, menaçant l’existence même de la colonie côtière de Rivebourg. Ensuite, il faut reconstruire : c’est ce que propose l’Organisation Hetherington, une multinationale interstellaire… mais à quel prix ? C’est ce que Moncrieff découvrira dans Brontomek.

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=29000

Mon avis :
La dernière fois que j'ai pris une claque en SF ne remonte pas si loin ; c'était en début d'année avec La Route de Cormac McCarthy (livre dont Eric vous a vous une petite fiche de lecture ici). La fois avant, c'était avec Spin de Robert Charles Wilson. Vous l'aurez compris, si je vous parle de mes claques passées, c'est en rapport avec ma présente chronique. Je ne connaissais pas Michael G. Coney si ce n'est de nom. Je ne savais pas à côté de quoi je passais...

Ce Crépuscule des mondes regroupe trois textes, tous à la première personne, qui mettent en scène des apocalypses pour les deux premiers, la reconstuction qui suit pour le dernier. Tous baignent dans une ambiance de fin du monde marquée par un douce nostalgie et un humour amer et lucide. Chacun des romans décrit le boulversement de la vie de colons de mondes lointains par des phénomènes cosmiques. La SF de Coney se rapproche de celle d'un Robert Charles Wilson (un de mes auteurs préférés) par le traitement de l'homme dont elle fait preuve. C'est dire si les oeuvres de Coney n'ont pas pris une ride. En effet, pour l'un comme pour l'autre, l'homme est au coeur de leur science-fiction respective.
Mais intéressons-nous de plus près à chacune des oeuvres.    

Un chef d'oeuvre dès le hors-d'oeuvre !
Alika-Drove est un jeune habitant d'une planète qui, par bien des côtés, ressemble à la Terre. Il se prépare à des vacances au bord de la mer, loin de la guerre qui fait rage depuis trop longtemps. Il espère y retrouver Prunelles-d'or, sa compagne de jeu de l'été précédent.
Mais ses vacances vont être tout autres que ce qu'il pense. Le bruit des canons qu'il pensait avoir laissé derrière lui se rapprochent. Pis, Rax, le second soleil froid, est à l'ascendant...
Pour Alika-Drove, cet été marquera la fin brutale de son innocence et même la fin de son monde pour toujours...
10/10   Grosse claque ! Une très grosse claque ! Difficile de parler de Rax sans gâcher la lecture. Avec ce roman tout en finesse, étonnant de fluidité et de modernité, Coney signe l'un des plus beaux romans de la SF. C'est beau, c'est simple, c'est un pur chef-d'oeuvre !  

Une excellente texte en guise de plat de résistance.
La planète Arcadia possède six lunes, qui décrivent des orbites excentriques. Tous les cinquante-deux ans, ces six lunes se rencontrent, et leur conjonction — une syzygie — provoque pendant des semaines des marées géantes et dévastatrices. Mais ce n'est pas le pire...Car les habitants d'Arcadia sont eux-mêmes affectés, de façon étrange, par la puissance anormale des attractions combinées des six lunes. Peu de gens, pourtant, sur cette planète coloni­sée depuis seulement cent trente ans, peuvent se rappeler ce qui s'est réellement passé lors de la dernière syzygie — cin­quante-deux ans plus tôt. Quant à ceux qui sont assez âgés pour s'en souvenir, ils sont curieusement réticents. Et le moment approche où les six lunes vont se rejoindre...
8/10   Plus faible des trois textes, Syzygie reste à bien des égard un oeuvre surprenante. Elle n'évite pas tout à fait la tentation du "bête" survival horror en nous projetant à l'intérieur d'une communauté en proie à une folie meurtrière. Un mystérieux plancton refait surface et avec lui tous les sentiments accumulées depuis près d'une cinquantaine : haines tenaces, amours secrets, rancoeurs oubliées Si Syzygie se révèle être un texte agréable à lire, il n'en demeure pas moins qu'il reste un cran en-dessous des deux autres par son ambition moindre.

Un dessert presque parfait...
Kev Moncrieff débarque sur la planète Arcadie pour faire fortune et ne s'en cache pas. Ce serait le bonheur sans le terrible Effet de Relais, qui se produit tous les cinquante-deux ans et cause des ravages épouvantables : Arcadie n'est pas la Terre. Alors c'est la débandade. Les colons fuient la planète. L'économie s'effondre. Et les derniers Arcadiens ne voient pas d'autre solution que de passer contrat avec l'Organisation Hetherington, qui s'engage à remettre la planète en état de marche. Elle a de gros moyens : les brontomaches, les amorphes, etc. Et des méthodes un peu abruptes. Les Arcadiens se seraient-ils donné un régime totalitaire par mégarde ? Kev n'y pense guère. Pire, il s'en fout. Il est tombé follement amoureux, comme un gamin...
9/10   Brontomek fait suite aux évènements de Syzygie (mêmes personnages, même ville, mais changement de narrateur). Comme pour Rax, la fin est éblouissante. Mais ce que gagne Brontomek en pages, il le perd en percussion. A quelques reprises, l'ennui, banni des deux précédents textes, est venu pointer le bout de son nez lors de ma lecture. Dommage ! 50 pages de moins et le roman aurait décroché le statut de chef d'oeuvre. Mais quelle fin !


9,5/10 Saluée par Theodore Sturgeon lui-même, la SF de Coney étonne encore aujourd'hui par sa modernité. Avec un chef d'oeuvre, un texte qui rate de peu la mention parfaite et un excellent texte, Ce Crépuscule des Mondes trônera fièrement dans n'importe quelle bibliothèque.
Alors non, 8, 9, et 10, ça ne fait pas une moyenne de 9,5. Il s'agit plutôt d'une note qui prend en compte le paratexte, notamment de la très belle post-face d'André-François Ruaud, mais aussi le ressenti global de cet omnibus.
Quant à moi, je vous laisse : j'ai toute l'oeuvre d'un écrivain sous-estimé à lire (notamment le Péninsule sorti en début d'année dans l'excellente collection Bibliothèques Voltaïques des Moutons électriques).

Simatural

Publié dans Critiques SF

Commenter cet article