Fiche n° 800 : Le Fleuve des Dieux de Ian Mc Donald

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :
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Résumé :
Tous les Hindous vous le diront, pour se débarrasser de ses péchés, il suffit de se laver dans les eaux du Gangâ, dans la cité de Vârânacî.
Et, en cette année 2047, les péchés ce n'est pas ce qui manque : un corps aux ovaires prélevés glisse doucement sur les eaux du fleuve ; des intelligences artificielles se rebellent et causent de tels dégâts qu'une unité de police a été spécialement créée pour les excommunier.
Gangâ, le fleuve des dieux, dont les eaux n'ont jamais été aussi basses, se rue vers un gouffre conceptuel, technologique, évolutionnaire – ou peut-être tout cela à la fois.

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Mon avis :
Le Fleuve des Dieux était attendu comme le messie. Après l’excellent Roi du Matin, Reine du Jour, après le aurait-du-être-excellent-si-la-traduction-avait-été-à-la-hauteur Brasyl, on attendait de la part de Ian McDonald rien moins qu’un chef d’œuvre. Le Fleuve des Dieux a cette réputation. D’où l’attente qu’il suscite…

De prime abord peut se dégager une impression d’opacité. Rentrer dans un roman de McDonald n’est pas toujours chose aisée, dans celui-ci plus encore, alors que la profusion de termes indiens n’a de cesse de nous renvoyer au lexique final, ralentissant la lecture, entravant la fluidité du récit. De même, chaque chapitre voit l’apparition d’un nouveau personnage. Du moins, dans les neuf premiers chapitres, dans la première partie. Cela, ajouté à la richesse de l’univers, pourrait largement faire perdre pied à n’importe quel lecteur. Il n’en est rien. Le seul pied que l’on rencontre, c’est celui que l’on prend à la lecture du plus grand roman de SF depuis Spin.

Une histoire, neuf histoires, mille histoires de vie et de mort, de sexe et d’argent, voilà ce à quoi nous convie l’auteur britannique dans ce portait saisissant, édifiant, terrifiant d’une Inde qui n’existe pas encore. Chaque personnage a son style, son caractère, son intérêt. Tous incarnent une strate bien particulière de la société indienne, un point de vue spécifique : une journaliste télé, un enquêteur, un conseiller politique, un androgyne, une femme au foyer, etc. S’il ne fait aucun doute que les chemins des uns et des autres seront amenés à se croiser, tous se débattent avec les problèmes du quotidien et possèdent une épaisseur impressionnante ; ils ne se contentent pas d’apporter un éclairage inédit sur la civilisation indienne et notamment sur les castes qui la composent, ils y « vivent ».

Au début, il ne semble pas ya voir d’intrigue principale, de fil conducteur apparent qui relierait les histoires des uns et des autres. En apparence seulement. Car rien n’est gratuit. Tout au contraire, la multiplication des intrigues et des points de vue participe à ce sentiment de suivre un reportage sur une Inde futuriste et fantasmée, où le réalisateur, caméra à l’épaule, zoomerait et dézoomerait à volonté, dressant, petite touche par petite touche, un avenir indien incertain, mais aussi et surtout un portait de l'Homme.

« Toute règle de comportement humain a été un jour violée par quelqu’un, ici ou là, dans des circonstances banales ou extraordinaires. Être humain, c’est transcender les règles. Dans notre univers, les règles les plus simples peuvent engendrer les comportements les plus complexes. »

Si l’Inde est amenée à jouer un rôle de plus en plus important au niveau mondial, si l’été indien sera, nul n'est dit qu'il verra celle-ci se transformer en utopie. Criante de vérité, grouillante de monde, assoiffée d'eau et de pouvoir, enlisée dans ses traditions, l'Inde de McDonald n'est qu'un prétexte pour poser des questions passées, présentes et futures : intelligences artificielles, quête identitaire, liberté sexuelle, pouvoir des médias, etc. Rarement un roman de SF aura abordé autant de thèmes avec autant de panache, d’intelligence et d’à-propos.

9,5/10 Somme toute, passé l’impression première d’opacité, Le Fleuve des Dieux se révèle surprenant de fluidité, et  le chef d'œuvre annoncé : ces 600 pages ambitieuses, ébouriffantes, époustouflantes valent bien 29 euro (surtout avec une traduction à la hauteur). Buvez Le Fleuve des Dieux jusqu'à plus soif, jusqu’à l’étourdissement, jusqu’au final vertigineux.  Le meilleur roman de SF depuis Spin !

Simatural

Publié dans Critiques SF

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Commenter cet article

Chips 18/03/2011 11:31


Une merveille. Je n'étais plus "tombé" comme ça dans un roman de SF depuis Vurt de Jeff Noon. Un plaisir incroyable à la lecture


Adhoc 25/11/2010 18:00


Rhaaaaa lovely,
Cela faisait quelques temps (bien trop) que je n'avais pas lu un roman SF qui me plaise autant.


Xavier 17/09/2010 15:51


Bien d'accord : LE livre de SF du moment à lire !


Christophe 15/09/2010 21:59


Je l'ai commencé, gros coup derrière la tête ! un bijou : on aimerait voir autant d'idées dans certains livres qu'on en trouve dans le chapitre 1 !


SebO 12/09/2010 14:59


Belle critique mon camarade, et bien... je me suis laissé prendre et l'ai pris lors de mon dernier passage à la librairie. Même si je ne sais pas quand je le lirai, ça sera prochainement.