Fiche n° 918 : La Souveraine des Ombres (Les Elfes de Fer 1) de Chris Evans

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :
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Résumé :
Konowa Vif Dragon, ancien commandant des Elfes de Fer, a été banni pour avoir assassiné le vice-roi d'Elfkyna. C'est plus amer que jamais qu'il se voit rappelé par l'Empire un an plus tard. Sa mission : retrouver l'Étoile de Sillra, un artefact légendaire, censée se trouver à Luuguth Jor, un fort abandonné, perdu au milieu de nulle part. À la tête d'un régiment hétéroclite ne manquant pas de fortes têtes, Konowa va tenter de laver son honneur et celui des siens. Mais la Souveraine des Ombres, sorcière-elfe dont l'influence s'étend peu à peu sur le monde, convoite elle aussi l'Étoile et… l'âme même de Konowa.

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Mon avis :
Si le blog n'a pas changé sa structure, la présentation du livre par l'éditeur précède ma critique.
Je ne sais pas pour vous, mais elle ne m'a franchement pas convaincu. Mon libraire, par contre, m'a vanté un divertissement efficace, ce que je cherchais.
Et bien en fait, c'est plutôt réussi.

Nous avons droit à des elfes (et un nain), à un empire conquérant, à une reine des ombres, à des présages et une destinée, à un héros exilé car trop intègre, et maintenant rappelé...
Du déjà vu, soyons honnête.
Très - trop - souvent.
Et pourtant...

L'auteur change allègrement le décor, et ces changements cascadent sur l'ensemble du livre.
Nous ne sommes pas dans les sempiternels décors pseudo-médiévaux, -nordiques -celtisants, ou soyons honnêtes, simplement pseudo-tolkiennesques. Nous nous retrouvons vers le milieu du XIXe siècle, dans un équivalent de l'empire britannique en pleine expansion. Pour être plus précis, nous sommes dans une Inde alternative fraîchement conquise, inspirée de celle qu'a chanté Kipling - dont un extrait de poème ouvre d'ailleurs les Elfes de Fer.

Le royaume de Calahr colonise le monde, ostensiblement pour répandre la civilisation parmi les peuples primitifs. Contrairement à l'optimisme naïf de Kipling, par contre, l'auteur a un regard moderne, lucide: l'empire empeste la cupidité, le racisme et la suffisance.

Les elfes sont des animistes, en harmonie avec la nature, rappelant certains clichés sur les amérindiens. La reine des ombres fut une elfe, jusqu'à ce qu'elle défie l'ordre naturel: c'est ce qui lui a valu son exil actuel. Quant aux elfes de fer, avant d'être un régiment, c'est aussi le surnom donné aux elfes touchés à leur naissance par son pouvoir et coupés de la nature.

En même temps, rien n'est simple: Calahr amène parfois un réel progrès, comme modérer la dure loi de la nature suivie par les elfes, et la suffisance n'est pas l'apanage des seuls coloniaux. Même la terrible reine des ombres n'est pas méchante simplement "Parce que!"...

Quant à la magie de ce monde, elle est digne de Tolkien: le pouvoir d'un serment, une extension de l'harmonie avec le monde pour les elfes, le rejet des lois naturelles pour la reine des ombres. Pas tant de grands mouvements voyants, donc, que des effets subtils. Ce qui ne limite en rien leur portée.

Nous suivons donc dans ce monde charmant Konowa Vif Dragon, un des elfes maudits. Officier impérial, il est devenu un héros en tuant un vice-roi corrompu et meurtrier, et a été exilé pour sa peine, pendant que son régiment d'elfes parias était dissout. Boucher ou pas, un vice-roi reste un vice-roi, et un soldat un soldat - qui doit obéir à ses supérieurs.
Konowa est rappelé au service de l'empire pour jouer la nounou de l'héritier présomptif, tout juste descendu de sa tour d'ivoire, et aider à le transformer en héros. Il lui faut aussi lutter contre la reine des ombres, qui étend à nouveau son pouvoir aux marches de l'empire.

Pendant que Konowa nous montre les officiers, et leurs grandes considérations, un jeune soldat naïf nommé Alwyn découvre - et nous montre - la vie des hommes de troupe, guidé par un vétéran nain, survivant futé et gouailleur des plus dangereuses campagnes de l'empire.

Officiers comme soldats, le régiment reformé des 'Elfes de Fer' va se retrouver pris entre les ambitions des puissants de l'empire, les machinations de la reine des ombres et les espoirs de révolutionnaires avides d'indépendance et de liberté. Comment survivre sans perdre son âme, quand les dés sont pipés?

7,5/10 Un divertissement classique et efficace, bien meilleur qu'il n'y parait au premier abord. Les Elfes de Fer sortent du cadre habituel et y gagnent en profondeur, nous promenant dans un reflet fantastique de notre XIXe siècle. Les amateurs de Kipling, de l'empire britannique ou d´histoire peuvent rajouter un demi-point: nous avons si peu de récits modernes dans ce cadre...

Eldritch

Publié dans Critiques Fantasy

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Simatural 17/02/2011 22:50


Juste pour dire que je "plussoie" cette critique. En matière de fantasy classique (mais pas que...) et divertissante, je n'ai pas vu mieux depuis le début de l'année.

Bref, écoutez le libraire d'Eldritch (et oui, je me lance des fleurs, écoutez Eldritch et lisez les Elfes de Fer. :-)