Fiche n° 887 : La Guerre tranquille de McAuley

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :
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Résumé :
Macy Minnot va en faire les frais : ingénieur écologue envoyée en mission pacifique sur Callisto, elle voit son projet saboté et ses collègues assassinés.
En revanche, Cash Baker, pilote de chasse, chauffe déjà les moteurs pour le combat dans l’espace. Tout comme Dave n° 8, agent créé en laboratoire pour infiltrer les rangs ennemis et y semer le chaos. Quant à Sri Hong-Owen, sorcière génétique, elle n’a qu’une idée en tête : subtiliser les secrets de sa grande rivale extro…
Loin de la Terre, les batailles ne font pas de bruit et les destins qui se croisent sur la toile d’un conflit interplanétaire sont bien peu de chose. Pourtant, une fois les hostilités déclenchées, qui peut en prévoir l’issue ?

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Mon avis :
Un titre particulièrement bien trouvé… et qui s’impose !  Paul McAuley a été « inspiré » de prévenir le lecteur... c’est tranquille, pour le moins.

Important : renseignements pris, il semblerait que ce soit un premier tome !  Une première moitié de l’histoire ; mais le doute subsiste. Si Bragelonne peut nous éclairer, merci !

Nous nous retrouvons dans un futur pas si lointain ou la Terre a commencé une diaspora dans le système solaire qui a essaimé des colons essentiellement sur les lunes de Saturne et de Jupiter, le tout en deux, voire trois générations à peine. Ces quelques générations ont cependant suffit à ces humains pour prendre leur autonomie, développer une  palette de technologies et de biotechnologies  alternatives  en ceci qu’elles sont plus orientées biotech  et génétiques, plus efficaces  parce que imaginées pour un monde de colons ultra contraint. Ils ont aussi développé un style de vie résolument démocratique ou le réseau social « live- streamé » et le suffrage quasi universel ont force de loi. Le résultat nous amène a une troisième génération d’humains génétiquement « adaptés », à la durée de vie augmentée, ultra écolos et avec autant de variantes de styles de vie qu’il existe de cités  sous dômes (des centaines !)  émaillant les lunes colonisées. On les appelle les extros ; facebook au Far West !

Une première originalité tient à ce que cette diaspora se « contente » d’adresser  le système solaire et non pas comme souvent ou parfois de traverser cent galaxies pour s’établir à des meta-parsecs via une technologie de trou de ver quantique de plus ! (pas besoin d’être astrophysicien pour suivre ). La deuxième originalité est de se référer à des durées de l’ordre d’une a deux vies humaines, on comprend clairement la genèse de la situation géopolitique sous jacente. En troisième lieu,  on oppose  deux « socio-styles » très dissemblables :  une planète terre écologiquement fatiguée ou des puissances mondiales (Grand Brésil, Europe pacifique..) gouvernées par des consortiums familiaux exercent une dictature  économico-militaire sur une population économiquement opprimée et un agrégat de cités (sur le mode de la Grèce antique) ou l’individu prime et ou les valeurs – et suffrages - de chacun  se focalisent vers les quelques figures emblématiques qui furent - et sont encore - les découvreurs et créateurs de leurs nouveaux Edens.

Le roman commence au moment ou la famille Peixoto, gouvernant le Nouveau Brésil, fomente sa campagne en prévision de la guerre toute proche qu’elle projette de porter chez les extros… Le motif en est la convoitise, l’enjeu politique et technologique, le prétexte fallacieux étant la haine de la différence et la conviction que le camp d’en face prépare lui aussi une offensive  et que seule la prime  initiative permettra le salut ! Dans un contexte de guerre larvée, de relations diplomatiques tronquées, de plans d’infiltrations et de grands mouvements de troupes on suit les destins de plusieurs individus à des endroits /moments plus ou moins  stratégiques de cette « guerre » tranquille : ils ont en commun d’appartenir au camp terrien et leur yeux nous permettent – fort habilement –de découvrir les extros au fil de l’intrigue.

Tout d’abord la figure centrale ; Macy Minnot,  écologue , jeune femme très déterminée va par ses talents et mérites,  se retrouver sur une des lunes, Callisto, pour participer à un événementiel « diplomatique ». Le hic, ca tourne au mélodrame quand son propre camp la piège pour créer l’incident diplomatique  qui permettra de déclencher des hostilités. La pauvre Macy se retrouve alors réfugiée politique, accusée, sauvée, pourchassée et enlevée par des factions antagonistes, toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Cette courageuse et attachante jeune personne, de dialogues en tribulations,  nous fait découvrir les extros tout en servant complaisamment le récit et l’action quitte  à la porter seule quand il le faut.

Deuxième personnage phare et ambigüe, ayant un véritable panache ; Sri Hong-Owen, Généticienne hors pair, pupille du fondateur de la dynastie de Nouveau Brésil et vassale des hommes forts du gouvernement Peixoto. Elle est si proche du pouvoir que c’est par son entremise que le lecteur prend la mesure du conflit et des enjeux. Manipulée, manipulatrice, scientifique et politicienne par nécessité, pacifiste par intérêt, elle poursuit un but ultime : rencontrer et apprendre de la mythique Sorcière génétique extro Averne tous ses secrets par tous les moyens ; le partage ou la contrainte.

Dave 8, qui appartient au groupe des Dave, génétiquement fabriqué par les terriens pour se faire passer pour un extro, est un des 27 Dave qui  sont programmés pour infiltrer et saboter, porter le feu derrière les lignes ennemies. Dave 8 va connaître l’épreuve du feu et se confronter à de vrais humains, Il est  monolithique, une vraie machine à tuer, le parfait caméléon...et pourtant. Il n’est pas sans rappeler le personnage du film Soldier de Paul WS Anderson, incarné par K Russel.

Enfin Cash Baker, pilote artificiellement augmenté, va prendre en main avec quelques collègues les premier intercepteurs spatiaux prototypes que sont les singlenefs : un « space fighter » multimissions aux performances ahurissantes. Son rôle, comme celui des autres singlenefs, reste cependant marginal.

Bon, à ce stade, pourquoi la guerre tranquille ?, ça semble PASSIONNANT ! le hic, c’est que tout ça est lent, un peu bancal, les personnages manquent un peu de profondeur et sont eux mêmes entourés de personnages satellites pas très utiles au récit. On ne vit pas avec les personnages qui n’ont  pas ou peu d’introspection, pas ou peu de motivations : le lecteur reste observateur et auditeur mais « hors champ ». De la même manière, la réelle qualité de l’écriture – et de la traduction sans aucun doute – masque le chaînage parfois laborieux des évènements. Enfin, le panorama géopolitique est bien posé, mais pour qui a lu la trilogie de Mars de K S Robinson ou encore Forteresse des Etoiles de C. J. Cherryh, ça paraît bien chichement expliqué voire prétextuel tout au plus.

6,5/10 En un mot comme en cent, c’est un roman bien « fabriqué », bien léché, émaillé de bonnes idées (pas une seule qui soit bien révolutionnaire tout de même ) retoquées à la mode actuelle (écologie, ultra libéralisme, anarchie humaniste),et on peut légitimement supposer que Mr Brèque l’a bien servi.Ca manque tout de même cruellement d’action et de naturel, si j’osais, je dirais même que ça manque d’inspiration. Paul McAuley n’est pas à lire si vous connaissez  Banks, La Division Cassini de Ken Mc Leod (merci Simatural !) ou les Cyteen de C J Cherryh… si il n’est pas un plagiaire, il n’apporte que peu de chose au genre.  L’amateur de pur NSO sera malgré tout satisfait de son achat et  viendra chercher le tome 2.

Christophe

Publié dans Critiques SF

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