Fiche n° 822 : Starfish de Peter Watts

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :
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Résumé :
Lenie Clarke est chef d'équipe dans une station des abysses, sur la côte pacifique, chargée d'exploiter et de contrôler l'énergie géothermique. Comme ses compagnons, elle a d'abord suivi des tests et un entraînement rigoureux puis subi des altérations génétiques qui lui permettent d'accoutumer sa vision à l'obscurité et de respirer dans l'eau lors des sorties obligatoires.
Ce qu'elle ignore, c'est que la société qui l'emploie ne choisit pas les candidats par hasard : seuls sont recrutés des hommes et des femmes aptes à subir de fortes doses de stress, des individus présentant tous une psychologie… déviante. Le noir et le silence des profondeurs deviennent le théâtre d'un huis clos inquiétant où les monstres ne rôdent pas seulement à l'extérieur.


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Mon avis :
Premier tome de la trilogie des Rifters de Peter Watts, ce livre nous permet (enfin) de comprendre pourquoi  on nous tant rebattu les oreilles de la venue de son auteur aux Utopiales en nous le faisant passer pour l’accoucheur des futurs blockbusters de Fleuve Noir… on s’est juste trompé de roman en portant aux nues son dernier né (Vision aveugle – 2006 ) plutôt que Starfish, son premier-né,  paru en 1999.


La deuxième erreur consiste à juger Starfish à l’aune du controversé Vision aveugle. Il y a, et c’est dommage, des parallèles trop évidents qui donnent un (faux) sentiment de « réchauffé » ; une équipes d’humains modifiés/augmentés avec des personnae pour le moins décalées pour ne pas dire sévèrement déviantes, un huis clos dans un environnement extrême, oppressant et hostile, des enjeux colossaux pour l’avenir de l’espèce, un environnement cyberpunk fascinant qui, dans l’absolu, pourrait tout à fait se situer dans le même univers que Vision aveugle.

Une constante évidente qui semble être la marque de fabrique de l’auteur ressort ; nous sommes dans un futur proche, sur une Terre qui rencontre des problèmes sociaux, environnementaux et technologiques sévères. Tout ceci est démontré et illustré par une hard science débridée toutes disciplines confondues (Biologie marine... et humaine, génétique, géothermie, tectonique des plaques, psychiatrie, électronique, intelligence artificielle, réseaux de neurones tec…) qui transforme Watts en nexialiste avant l’heure... en tout état de cause, il a déjà dû lire Jean Piaget (quel courage !).


Mais n’oublions pas l’aventure : l’intrigue prend place dans les abysses, au cœur d’une petite station sous-marine de supervision et de maintenance, située à l’intersection des plaques continentale et océanique près des côtes américaine ou se situe un rift à forte activité, dont une multinationale tentaculaire exploite l’énergie géothermique dont dépend en grande partie la surface

Le lieu est oppressant, 700 mètres de profondeur voir plus, l’obscurité ou peu s’en faut, une faune monstrueuse, dangereuse ou répugnante dans le meilleur des cas avec comme alternative une station exigüe pour une vie de promiscuité extrême, à tourner fou ou parano… si ce n’était déjà fait !


L’équipe se constitue rapidement dès le début du roman par intégration  itérative (réussite/échecs) d’individus autour d’un personnage central, Lenie Clarke, leader malgré elle d’un groupe de  six individus modifiés (fruit du travail de chirurgiens, de biologistes, d’endocrinologues, etc. et de psychiatres pas encombrés par la déontologie !).

Tous sont de grands déviants psychologiques  - du simple masochisme induit à la psychopathie larvée – profils extrêmes pour des immensités extrêmes ou cobayes malgré eux ?  Le hic, c’est que ces « rifteurs », à vivre entre eux dans un environnement de « fausse » privation sensorielle où la composition de l’eau et le dosage d’inhibiteurs agit sur leur psychisme via leur système de respiration, commencent à développer des comportements inattendus et s’autonomisent salement des « sécheux » que nous sommes.

Après une première moitié du roman – développée avec quelques lenteurs sur la trame de fond mais rythmée pour l’écriture cependant – on arrive à la révélation d’un univers ou géopolitique, wargames, avenir de l’espèce et thriller psychologique prennent toute leur dimension et avec beaucoup plus de matériau que dans Vision aveugle.

Le tout nous donne un récit intelligible qui se pose et se structure sur trois plans : l’individu, la géopolitique et l’avenir de l’espèce de façon parfaitement imbriqués et équilibrés. Mieux encore, la technique un peu laborieuse de rupture de rythme adopté par l’auteur pour casser les longueurs du début fait merveille sur le dernier tiers du roman qui est ébouriffant. Tous les éléments prennent sens et amènent un  final qu’on ne voit franchement pas arriver et qui, a posteriori, semble parfaitement évident ; pour autant, ça ne tombe pas à plat mais a contrario, on trouve en quelques dernières pages bien plus qu’il n’en faut pour une grande suite. Que de promesses à tenir !

8.5/10 Au début, j’ai été tenté par un 8  parce qu’on ne se détend pas pour lire ce livre, on se concentre ! Quoique … Peter Watts a un style incisif, froid, clinique mais… efficace ! Oui mais bon, voilà, c’est un scientifique ; c’est tout ! Et puis, c’est parsemé de très bonnes idées, que dis-je : constellé de grandes idées ! On arrive à un final « prometteurissime », une écriture beaucoup plus accessible, un sens de l’intrigue respecté (quand même !), un personnage central très bien placé et plus de matière qu’il n’en faut pour faire une suite fantastique où il faudra de la place pour l’action ! C’est sur le deuxième tome (que j’ai déjà réservé !) qu’on  jugera vraiment le cycle ! Mr Goulet, Mme Lombardo, ne nous faites pas attendre !

Christophe

Publié dans Critiques SF

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