Fiche n° 808 : Vision Aveugle de Peter Watts

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :
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Résumé :
La Terre a été prise «en photo» depuis l'espace. Les mystérieux visiteurs sont-ils sur cet artefact découvert dans notre système solaire ? Le vaisseau Thésée part en mission. À son bord, cinq membres d'équipage recrutés avec soin : une linguiste aux personnalités multiples, un biologiste qui s'interface aux machines, une militaire pacifiste et un observateur, Siri Keeton, capable de déchiffrer à la perfection le langage corporel de ses interlocuteurs. Leur commandant est lui aussi bien étrange : c'est un homo vampiris, autrement dit, un vampire aux facultés intellectuelles remarquables. Pourtant, malgré leurs aptitudes exceptionnelles, rien ne peut les préparer à ce qu'ils vont découvrir lors de ce voyage terrifiant...

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Mon avis :

Que dire de ce Monument, de ce renouveau de SF moderne qu’est l’incontournable Vision Aveugle du puissant Mr Watts ? Petite précision utile : pour accéder à la substantifique moelle, il n’est pas  inutile d’avoir préparé Yale, le Mit, d’avoir un diplôme d’Astrophysique et d’avoir concouru - et échoué ! - à Normale SUP… et bien sûr, d’avoir écrit régulièrement quelques éditos des inrockuptibles Peter Watts est  biologiste marin, j’avais spontanément deviné qu’il travaillait dans les sciences de la vie, mais je le croyais actionnaire majoritaire d’un laboratoire  pharmaceutique spécialisé dans les médicaments génériques aspirine et autre bicarbonate de soude !

J’ai peiné quelques peu à me lancer dans la rédaction de cette chronique pour trois raisons :  la prolifération de critiques dithyrambiques qui encensent déjà ce roman, la conscience aigüe de mes limites face à ces littérateurs chevronnés qui, non contents de saluer l’œuvre, ont la compétence scientifique et linguistique (chapeau bas !) pour vérifier ( en mode picking en plus) et saluer l’inénarrable qualité de la traduction et enfin, l’idée de me replonger dans le livre et dans wikipédia en même temps alors que j’étais fier d’annoncer autour de moi que j’avais réussi à le terminer.

Vous l’avez compris, si j’écris à la première personne, c’est que je choisis et assume une vision personnelle de la littérature ou Complexité n’est pas synonyme de Qualité, ou Plaisir, Détente et Accessibilité sont aussi des éléments déterminants dans la réussite d’une œuvre.

Je vais tout de même me livrer à l’exercice de façon plus conventionnelle :

La Terre a été cartographiée, photographiée via une pluie de sondes  pilotée par une intelligence extra terrestre dont nous ignorons tout sinon qu’elle se matérialise par un phénomène (astrophysique) avec qui les humains parviennent à communiquer de façon verbalisée et qui s’identifie sous le nom de Rorschach.

Vision Aveugle décrit l’histoire d’un « commando » scientifique, constitué d’humains améliorés de toute les manières imaginables au nombre desquels on trouve Siri Keeton, personnage  central, dont le cerveau,  amputé de moitié , lui a permis de développer un talent irremplaçable pour transcender le discours d’autrui au profit de la réalité et de la vérité dans le groupe en étant lui-même un variable sociale inerte et exogène et surtout salement  diminué sur le plan émotionnel.


Les autres membres du groupe sont tous « augmentés » ; un bio-scientiste interfacé, une linguiste artificiellement schizophrène, une militaire commando avec extension mobiles robotisées, une IA pilote du vaisseau… et un commandant Homo Vampiris dont l’acuité des réflexes n’a d’égal que l’acuité intellectuelle. Une équipe de choc pour un NSO dédié au toujours passionnant thème du premier contact.

Le roman  alterne flash back introspectifs du personnage central et exploration à distance puis Intra (assez ennuyeuse) de l’Artefact intelligent  (?), cassant agréablement le rythme et révélant des bribes d’une société terrienne cyberpunk et socialement décalée qui vaut honnêtement le détour.


La nature Space opera du roman disparaît très vite pour céder le pas pendant la première partie à un aspect cyberpunk rapidement débordé  par une  « hard science » débridée… extrêmement dense et réussie  (la lecture des notes et appendices en fin de roman en atteste) puisqu’elle tape dans tous les registres astrophysique, physique, psychiatrie, neurologie, biologie, génétique … et j'en passe. C’est après ça que les choses tournent mal puisqu’on arrive au deux tiers du roman à un discours philosophique sur corrélation conscience/intelligence  qui ramène une grande part du reste au statut d’« élément scénaristiquement ornemental ».

Le style de l’auteur devient à ce stade laborieux, il ne livre que des formulations obscures, incomplètes, hermétiques qui font passer le lecteur d’une intrigue intéressante dans un univers passionnant à un véritable chemin de croix. Raconter tout ça (et plus !) en 320 pages, il faut avouer que ce n’est pas à la portée du premier venu ni même, semble-t-il, à la portée de Peter Watts.


6,5/10 Un regret immense devant un roman qui pose un univers cyberpunk passionnant, NSO mais surtout hard science « revisitée » pour ne pas dire géniale. Des personnages denses et caractérisés qui donnent un potentiel d’action positivement énorme à cette histoire. Une trame, une intrigue cohérente qui amène une fin prévisible mais parfaitement légitime et qui laisse une porte ouverte plus qu’intéressante…mais un roman trop philosophique, avec des ruptures de rythme, un univers avec des clefs manquantes qui se déduisent s’extrapolent voire se devinent et qui rendent tout fastidieux en tuant l’action qui malgré un final louable, ne s’en remet pas… . Peter Watts est définitivement  réservé à un public très averti et… très indulgent.


Christophe

Publié dans Critiques SF

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