Fiche n° 713 : Isak le Blanc-Regard (Une Ere de Pénombre 1) de Tom Lloyd

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :
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Résumé :

Quand les dieux ont quitté le monde, ils y ont laissé les blancs-regards, des hommes plus charismatiques et plus puissants que les autres – des guerriers.
Le jeune Isak est l’un d’entre eux. Mais avec ces pouvoirs, il a aussi hérité d’un caractère imprévisible et d’une rage difficilement contenue. Craint et méprisé, il rêve d’une place dans l’armée et d’une chance de vivre sa vie. Pourtant les dieux ont d’autres plans pour cet adolescent impétueux.
Car une époque de troubles s’annonce. Le temps est venu de forger des empires et; pour Isak le blanc-regard, d'embrasser son destin.

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Mon avis :
une Ère de pénombre, une série qui comptera bientôt 5 tomes en anglais, se positionne à mi-chemin entre les univers de Michael Moorcock (Elric) et de David Gemmell (Troie) selon le très sérieux magazine interzone. Outre l’étrange couleur de leur iris, les héros de Moorcock et de Lloyd ont cela en commun qu’ils doivent apprendre à  enrayer leur impétuosité naturelle pour ne pas sombrer dans la folie et le chaos, et, peut-être, basculer du mauvais côté de la ligne. La référence à Gemmell est plus ténue, presqu’inexistante à vrai dire, et tient plutôt à ce que les deux récits appartiennent au même genre : l’heroic fantasy.

Loin d’affranchir son personnage principal des stéréotypes comme il l’espérait (« j’en avais assez du héros chétif qui triomphe toujours sur l’affreux méchant »), Lloyd le construit à partir d’autres clichés – certes moins connus du grand public – comme le héros berserker ou le héros moorcockien (« je voulais qu’Isak se retrouve avec des pouvoirs qu’il ne comprendrait pas et maîtriserait à peine, pour le forcer à développer l’éthique et la retenue que de tels pouvoirs exigent. Toutefois, de l’adolescent berserker à l’adolescent colérique, il n’y a qu’un pas... Et son caractère irascible, associé à son « âge bête» n’aide pas à rendre Isak sympathique au lecteur qui peine à se rapprocher de lui, à apprécier son comportement et ses actes. Pour Isak, tout se déroule vite, trop vite (son ascension, ses entraînements, ses responsabilités) et si celui-ci s’en retrouve déboussolé, le lecteur aussi.

Malgré toute sa bonne volonté, l’auteur n’arrive jamais à combler ce gouffre entre son personnage et son lecteur. Ce dernier, à l’inverse, ne peut se départir de l’envie de lui mettre « quelques fessées bien méritées » ; si le héros de Moorcock pouvait expliquer son côté pâlichon par albinisme, celui de Lloyd n’a, en revanche, que bien peu d’excuses. C’est d’autant plus dommage que certains seconds rôles possèdent le charisme qui manque à Isak et auraient mérités de « voler » quelques pages à notre blanc-regard mal-aimé.

À ce premier défaut s’en ajoute un autre, plus subjectif ; alors que les auteurs actuels s’épuisent à lutter contre le déterminisme qui a longtemps marqué les œuvres de fantasy, Lloyd nage à contrecourant. Volontés des dieux et prophéties pèsent sur les personnages… et sur la lecture si, comme moi, vous êtes un peu réfractaires à ces histoires où le destin décide à la place des hommes.

Enfin, pour en terminer, avec les points noirs, notons que les dialogues prennent souvent la forme de discussion didactique où l’écrivain, par l’intermédiaire de ses personnages, présente son monde et ses coutumes, disserte sur tel ou tel aspect son histoire ou introduit un nouveau visage. Dans les faits, cela donne beaucoup de blabla et trop peu de combats, dans un roman où finalement, le héros passe plus de temps dans son lit que sur les champs de bataille.
C’est peut-être une volonté de l’auteur, et une similitude supplémentaire avec le cycle d’Elric mais là ou la série ne Moorcock pouvait se permettre d’oublier le côté guerrier de la fantasy – possédant bien d’autres qualités, celle de Tom Lloyd trace un trait sur l’un de ses probables points forts. Mais nous y reviendrons. Et pas plus tard que maintenant.

Pour le reste, l’auteur anglais rend une copie inégale, mais tout à fait honorable. Entre ses paysages baroques, sa politique médiévale et ses combats épiques, l’univers ne manque ni de profondeur ni de piquant. Les blanc-regards y côtoient des elfes, des trolls et même des dieux. Mieux, pour son premier roman, Tom LLoyd arrive à insuffler le souffle nécessaire au genre, pour livrer des combats à la fois furieux, violents, visuels et spectaculaires. En effet, quand Lloyd lâche les rênes (c’est peut-être là qu’il faut voir la relation entre les deux œuvres), rarement l’heroic fantasy aura soufflée si fort, vous scotchant à votre canapé, alors que les pages se tournent toutes seules, au gré de batailles homériques que l’on aurait aimées plus nombreuses.

6.5/10 Isak le blanc-regard ouvre une série d’heroic fantasy où les qualités – un monde riche, des combats épiques – n’arrivent pas à totalement faire oublier ses gros défauts, à savoir son héros pâlichon et ses longues, longues discussions qui ne mènent nulle part. Si Tom Lloyd parvient à corriger le tir, à donner à son personnage la grandeur et l’aura qui lui font défaut, Une Ère de Pénombre pourrait bien combler une insuffisance dans un sous-genre qui manque cruellement de titres.

Simatural

Publié dans Critiques Fantasy

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