Fiche n° 661 : Ombre (Le Charognard 1) de K.J. Parker

Publié le par Librairie CRITIC

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Résumé :
Un homme se réveille au milieu de nulle part, parmi des corps éparpillés, sous le regard inquisiteur des corbeaux. Il ne sait plus qui il est, ou comment il est arrivé là. Le seul bien le rattachant à son existence ultérieure est son don naturel pour manier l'épée, et les rêves fragmentaires qui hantent son sommeil. Perdu dans un monde hostile, il erre de village en village, jouant au dieu pour trouver le gîte et le couvert. Mais l'ombre de son passe ne cesse de le poursuivre. Elle lui évoque un mystère bien plus grand qu'il ne l'aurait imaginé, une vérité qu'il préférait sans doute ne pas croire.

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=36688

Mon avis :
    Fin 2005 : avec la trilogie Loredan, K.J. Parker avait surpris son monde. Elle y faisait montre d’une fantasy tout à la fois sombre, violent et drôle avec une fascination évidente pour tout ce qui touchait au génie humain. De fait, les longues descriptions qui parcouraient les romans avaient découragé les uns tandis que les autres apprenaient avec plaisir comment monter un siège, forger une épée ou assembler un arc. Cinq (longues) années sont passées sans la moindre nouvelle publication de l’auteur à l’horizon. C’est désormais un oubli réparé. Reprenant la même identité graphique qui a fait le succès de la série (avec Didier Graffet à la baguette), les éditions Bragelonne viennent de publier le premier tome de la seconde trilogie de l’auteur.

   Ombre ne ressemble à rien. Ou plutôt, à chaque fois que l’on est sur le point d’établir un point de comparaison avec une autre œuvre, le roman se charge de nous déstabiliser et de prendre une direction inattendue. Dès lors, on n’est bien en peine de se projeter sur 10 pages, et encore moins, à l’échelle du roman. Si dans la trilogie Loredan, l’auteur se « contentait » de tordre le coup aux clichés, Parker s’appuie sur la base solide éculée du héros amnésique pour construire une histoire originale, tordue et déconcertante…

   Ombre ne ressemble à rien. Ou plutôt, le roman rappelle, par son style inimitable, son ton singulier et ses nombreuses digressions une patte unique, celle d’un auteur qui, à l’image de ses personnages ingénieux, utilise des matériaux de bric et de broc pour édifier une  œuvre atypique, hors norme et exceptionnelle. 

   Ainsi, dans Ombre, on suit un homme qui se réveille dans un bourbier rouge sang. Sans passé ni identité. Très vite cependant, il apparaît qu’il ne s’agit pas de n’importe qui. Plutôt doué avec une épée, il semble s’être fait beaucoup d’ennemis dans son incarnation précédente. Mais qui est-il ? Simple soldat, général, prince, prêtre ou qui sait, dieu ? Veut-il seulement le savoir ?  L’auteur brouille les pistes et les cartes, parfois de manière un peu trop visible il est vrai. Toutefois, ce n’est jamais facile ni gratuit. Ombre fait parfois penser à une pièce de théâtre, et plus particulièrement, à une pièce de théâtre absurde. Si Ionesco ou Beckett s’était lancé dans un roman de fantasy, le résultat ne serait peut-être pas très éloigné. Que ce soit l’intrigue qui tourne en tout et pour tout autour d’une dizaine de personnages ou des dialogues tout à la fois comiques, tragiques et absurdes, Ombre étonne et détonne à tel point que l’on en viendrait presque à considérer K.J. Parker comme le chaînon manquant entre la fantasy classique et le mouvement New Weird. Plus abordable que ce dernier, elle n’est reste pas moins innovante et foncièrement différente.

   Si les digressions sont moins longues et nombreuses que dans la trilogie Loredan, quelques réminiscences sont toutefois notables. De l’ingéniosité à l’ingénierie, il n’y a qu’un seul pas que Parker franchit déjà avant sa trilogie de l’Engineer qui promet de laisser éclater pleinement ce travers sympathique. Pour autant, le rythme du roman n’est pas pour autant très élevé. Toutefois, on ne s’ennuie jamais. Difficile en effet de bailler lorsque chaque page voit une surprise ou presque. Elle pousse parfois le vice jusqu'à jouer avec la mémoire de son lecteur (un peu comme Gene Wolfe dans l'Ombre du Bourreau), usant de contradictions ou de sentiments de déjà-vu... La fin pose plus de questions qu’elle n’a donnée de réponses. Finalement, c’est peut-être la chose prévisible du roman...

8/10 Après la Trilogie Loredan, K.J. Parker continue sa fantasy originale, différente et rafraîchissante. Ombre ne se laisse pas facilement capturé mais, pour peu que les ouvrages un tantinet difficiles ne vous rebutent pas trop, ce nouveau roman de K.J. Parker a bien des atouts pour vous séduire.

Simatural

Publié dans Critiques Fantasy

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