Fiche n° 604 : Hellboy - Les germes de la destruction de Mignola

Publié le par Winter

Couverture :
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Résumé :
Sous le IIIème Reich, un sorcier invoque une puissance infernale qui lui échappe. De cette puissance naît Hellboy. Élevé par les américains, il sera le plus grand des enquêteurs paranormaux. Sa mission présente le conduit sous un manoir, au fond des abysses, là où le culte du Serpent s'abreuve du sang et des âmes des innocents. Son grand prêtre attend Hellboy : le temps est venu de reprendre le contrôle de sa créature et pour les ténèbres d'engloutir la lumière.

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=8081


Mon avis :

J'ai croisé Hellboy pour la première fois en 1996 avec l'album Les Loups de Saint-Auguste. D'emblée, l'ambiance de l'œuvre m'a happé. Je connaissais déjà Mignola par ses travaux pour Marvel (ses Alpha Flight et surtout le Jungle Adventure avec Wolverine) mais là, ça dépassait tout. Il faut dire que Mignola n'a jamais été un artiste fait pour le rythme de parution américain. Il est incapable de suivre un mensuel sans que la qualité de son travail en pâtisse. Mais qu'on lui en laisse le temps et alors là ....attention.

Bien avant le feu de paille Image, Mignola, Byrne et quelque autres se sont lancés dans le creator-owned en fondant le studio Legend. Au sein de cette structure, il peut fignoler un projet qui lui tient à cœur : Hellboy. Nous sommes en 1993. C'est d'abord une timide apparition dans un comic promotionnel, San Diego Comic Con Comics #2 puis une apparition en guest dans le titre Next Men de John Byrne. En 1994, sort la première série consacrée pleinement à Hellboy : Seeds of Destruction (Les Germes de la Destruction que je vais bien finir par commencer à chroniquer, vous allez voir.). Libéré du carcan infernal du mensuel, Mignola travaille à l'européenne, les aventures du détective du paranormal se suivant par volume (composé de 4 à 6 numéros format comics type limited series) sortant de façon irrégulière, avec parfois plusieurs années d'écart entre deux récits. C'est qu'il en faut du temps pour ciseler ces petits bijoux. Entre deux grandes sagas, Hellboy apparaît dans de courts récits publiés ça et là (Dark Horse Extra, Dark Horse Presents) et croise le fer avec d'autres héros à l'occasion de crossover plus ou moins réussis (Madman, Batman, Starman, Ghost, Painkiller Jane, Savage Dragon).

Le mélange d'ambiances sombres, de légendes populaires et inquiétantes mais aussi d'action m'avait donc incité à en savoir plus sur ce Hellboy, le plus grand enquêteur du paranormal au monde, comme ils disent. De fil en aiguille, me voilà avec le récit initial entre mes mains fébriles, le bien nommé Les Germes de la Destruction. Courant 1945, pendant que l'Allemagne hitlérienne est enterrée sous les bombes, un groupe nazi met la dernière main au projet Ragnarok, qui doit renverser le cours de la guerre.

Dans une lointaine et glaciale île au nord de l'Ecosse, ils tentent à l'aide d'un très étrange sorcier d'ouvrir les portes de l'Enfer afin d'y convoquer de surnaturelles créatures à même de repousser l'offensive alliée. Las, les voies de la magie sont bien tortueuses et le rituel semble ne pas aboutir à la grande fureur des dignitaires nazis. Mais à l'autre bout des îles britanniques, un commando anglo-americain est le témoin de l'apparition inopinée d'une étrange créature, un petit être humanoïde rouge et dotée d'une étrange main de pierre.

Immédiatement adopté par les soldats, qui le nomme Hellboy pour d'assez évidentes raisons, il est confié au BPRD (Bureau for Paranormal Research and Defense) qui en fait un de ses agents de terrain aux côtés (entre autres) de la pyrokinesiste Liz Sherman, d'Abraham Sapiens l'homme poisson, Roger l'homoncule (on ne rigole pas), Johann Kraus l'ectoplasme médium.

Presque 50 ans après sa " naissance ", Hellboy ne s'est jamais vraiment posé la question de savoir d'où il venait, trop occupé à tabasser du streum à la douzaine. Car il y a bien une raison à sa présence sur Terre et les forces qui l'on fait venir, nazis et sorcier, rôdent dans la pénombre et s'apprêtent à faire un come-back fracassant pour conclure un phénoménal projet dépassant de loin l'instauration d'un reich millénaire. Projet dont Hellboy semble être la clef de voûte.

Quand le professeur Bruttenholm (prononcez Broom), éminence du BPRD et père adoptif de Hellboy est tué sous ses yeux par une grenouille survitaminée, le détective de l'étrange met tout en œuvre pour retrouver le responsable et se lancer sur la piste de l'étrange famille Cavendish. Sa quête l'emmène sur d'étranges chemins, parsemés de créatures chtoniennes sorties de quelque enfer lovecraftien et sur la voie de ses origines.

Difficile, pour ne pas dire impossible, de ne pas penser aux récits de Poe et Lovecraft en lisant Les Germes de la Destruction. Tout y est : des créatures d'outre-espace, des architectures monstrueuses, des monstres batraciens, des cités en ruines sur le toit du monde. Le design même des créatures et des lieux fait tout pour évoquer le vieux maître de Providence.

Pas de hasard donc si c'est Robert Bloch qui a signé la préface de l'édition compilée des Germes de la Destruction. D'ailleurs, j'aime à penser que Lovecraft n'aurait pas renié l'influence de son œuvre dans la construction d'Hellboy (il encourageait de jeunes auteurs à reprendre les éléments de son mythe et en reprenait des leurs pour les incorporer à son œuvre en retour) à condition qu'il n'eut pas jugé le medium comic trop indigne, bien sûr.

Mais le plus de Mignola, c'est le caractère d'Hellboy : j'y ai retrouvé le caractère fonceur et soupe-au-lait de la Chose des Fantastiques (aka Ben Grimm) mêlé d'un soupçon d'Indiana Jones pour l'aspect aventurier. Ce côté burlesque et rigolard entre en collision frontale (le style préféré d'enquête d'Hellboy) avec l'ambiance sombre et gluante décrite ci-dessus et pourtant la mayonnaise prend et on redemande. Et évidemment, il y a le graphisme reconnaissable entre mille du très grand Mike Mignola, se jouant des ombres et de la lumière à merveille, capable d'orchestrer des combats plein de punch, aussi bien que de distiller des ambiances inquiétantes en dissimulant de sourdes menaces au cœur de l'ombre.

9.5/10 Un incontournable de la bande dessinée mondiale. Ni plus ni moins.

Winter

Publié dans Critiques Comics

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