Fiche n° 499 : 69 de Collectif

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :
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Résumé :
Des êtres synthétiques soumis à nos désirs, de l’orgasme en capsule, la radiographie du plaisir. Nos futurs nous réservent des fantasmes inédits et mystérieux... Douze auteurs soulèvent le lourd rideau des tabous pour emprunter la voie des sens et mieux affoler les nôtres.

Anthologie sulfureuse, aux frontières de l’érotisme, de la science fiction et du fantastique, « 69 » réuni douze auteurs français de renom des littératures de l’Imaginaire.

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=35434

Mon avis :
Après une préface qui excite la libido du lecteur de SF, c'est à l'auteur du Déchronologue que vient la lourde tâche d'ouvrir cette anthologie avec une nouvelle (qui n'est même pas de la SF d'ailleurs) pleine de désirs refoulés : désirs sexuels, bien entendu, désirs de liberté, aussi, mais surtout, désirs de vivre. Sur une plage, une femme observe ou plutôt espionne un couple de jeunes vacanciers - ses voisins de serviettes - jusqu'à fantasmer sur eux... Eddy Merckx n'est jamais allé à Vérone confirme le talent du dernier GPI ; oui, incontestablement, Stéphane Beauverger fait déjà parti des grands. ****/5

J'ai ouvert deux romans de Maïa Mazaurette. Je n'ai jamais réussi à en terminer un : trop froid, trop dénué de sentiment. Basé sur Saturne, Honey Moon, un hôtel d'un genre un peu particulier, abrite "tout le confort nécessaire à la découverte charnelle au sein de 40000 chambres réparties sur 200 niveaux". Ce n'est pas cette nouvelle qui va me faire changer d'avis sur la froideur des textes de Mazaurette - jamais le sexe ne m'a paru aussi froid et aussi peu naturel ; pour autant, j'ai aimé, mieux j'ai adoré. Certains dialogues de ce texte qui n'hésite pas à égratigner notre société valent leur pesant de cacahuètes. Bref, une belle surprise pour moi. ****/5

Si j'ai des difficultés avec les oeuvres de Maïa Mazaurette, c'est bien pire avec celles de Daylon. Pour ne rien vous cacher, je n'ai jamais réussi à achever ... une de ses nouvelles (au sommaire des antho. Dragons et Retour sur l'Horizon). Le ton sec et le rythme saccadé se prêtent bien à cette histoire qui raconte la vie de Miss Virginity, une synth - comprenez un sexe toyz de luxe. Bonne nouvelle : j'ai lu la nouvelle en entier. Mauvaise nouvelle : Daylon en fait toujours trop et se regarde parfois écrire. Cet exercice de style aurait mérité un peu plus de simplicité, un peu moins de pages, un peu plus de travail sur le fond, un peu moins sur la forme. Initiative louable, l'auteur a mis la nouvelle en ligne à l'adresse suivante : moonmotel.fr/antho69. */5
 
C'est toujours un plaisir que de lire une des créations de Mélanie Fazi. Pourtant, comme toujours, il m'est difficile d'en parler puisque celles-ci me semblent toujours insaisissables, évanescentes, éthériques ; comme un rêve que l'on sait avoir été plaisant mais qui nous fuit inexorablement au réveil. Pourtant, comme toujours, quelques images hantent mon esprit : celle de deux automates, l'un blanc, l'autre noir, l'un femme, l'autre homme, celle d'une danse sur une musique entêtante à la cadence parfois militaire. Un beau texte. ***/5

Quel cinéphile n'a pas rêvé de pouvoir intervenir dans un film ? Dans LXIX, Francis Berthelot se rend coupable de ce fantasme et imagine un spectateur qui décide de prendre en main un film. Malheureusement, ce joli scénario prend assez vite une direction inattendue et, pardonnez-moi l'expression, il part en sucette ! L'intérêt décroit rapidement lorsqu'arrive la fin, on a qu'une seule hâte : lire la prochaine nouvelle et oublier celle-ci au plus vite. On a connu Francis Berthelot plus inspiré. 0/5

Sylvie Lainé et les éditions des Trois souhaits, c'est une longue histoire d'amour (cf Espace insécables, Le Miroir aux Eperluettes et plus récemment Marouflages). Aussi, rien de très surprenant à la voir au sommaire de 69. Rien de bien surprenant non plus à se rerouver face à un très bon texte qui le sexe prend des couleurs inattendues ... Toi que j'ai bu en quatre fois, un titre magnifique pour une nouvelle qui l'est tout autant.  ****/5

Norbert Merjagnan ? Souvenez-vous, il est l'auteur d'un unique roman paru aux éditions Denoël : Les Tours de Samarante. On retrouve le style si particulier et déroutant dans ce texte ... particulier et déroutant qui n'a jamais réussi à m'enchanter. Toutefois, je lui reconnais volontier quelques qualités et je ne serai pas surpris si certains avaient succombé aux charmes de Louise ionisée. **/5

Le sexe sous la plume de Gudule : une expérience souvent traumatisante (cf Le Club des petites filles mortes). Aussi, c'est avec prudence mais aussi un plaisir malsain que je m'attaquais à Sabbat. On commence avec une orgie et une pipe et on finit avec de l'humour noir dans une baignoire. On est plus près de sa trilogie de La Ménopause des Fées (à laquelle j'ai été très imperméable) que de ses textes plus sérieux. Mouais. Un sabbat tout ce qui a de plus oubliable. */5

Introduit par quelques vers de Baudelaire, la nouvelle de Charlotte Bousquet constitue une bonne surprise. Lorsque la peinture, le sexe et la mort s'entremêlent si intimement que seule la tragédie peut les en séparer, on obtient un joli tableau réussi du premier au dernier coup de pinceau. L'auteur d'Arachnae nous régale encore une fois. ***/5

Dans Les Vestiges de l'Amour, Jean-Marc Ligny met en scène un écrivain qui voit une femme en rêve (sa muse ?) sucer toute son énergie vitale. Sa femme - la vraie, celle de la vie réelle - croit qu'il simule pour ne pas à avoir à trouver un travail. Un vrai. Si l'histoire se lit d'une traite et sans déplaisir, elle se révèle sans surprise. Sympa, sans plus. **/5

Les anthologies sont souvent l'occasion de découvrir de nouvelle plume ; à ce titre, 69, avec son casting de haute volée, ne présente qu'une seule "nouvelle tête". Si Virginie Bétruger ne s'en sort pas trop mal, elle n'arrive pas à se hisser au niveau des meilleurs. Vite lu, vite oublié. **/5

69 se termine comme elle avait débuté. Avec un très bon texte. Un grand morceaux de SF comme j'aime où le sexe pourrait bien être le seul moyen de concilier deux races et de sauver une humanité mourrante, stérile qui s'est exilée sur une planète où vivent d'étranges papillons. Contrairement à nombre des textes qui la précèdent, Camélions ne s'oublie pas sitôt terminée. Du grand Winterbert ! ****/5

6,5/10 Trop inégale, 69 ne convainc pas totalement et déçoit un peu après la très bonne anthologie des Utopiales. Toutefois, si la thématique vous intéresse, la lecture de 69 devrait vous satisfaire à défaut de vous laisser sens dessus dessous.

Simatural

PS : J'ai terminé ma chronique et je vois que je n'ai pas parlé de la très belle couverture de Diego Tripodi qui avait déjà oeuvré sur This is not America. Classe ! Du bon boulot ! Vraiment.

Publié dans Critiques SF

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