Fiche n° 393 : Retour sur l'horizon de Collectif

Publié le par L'ex d'ici et d'à côté

Couverture :

Résumé :
Dans ce livre-anniversaire qui célèbre les dix ans de la collection Lunes d'encre et les cent ans de la science-fiction française, on traverse un Canada hanté par les drones de Dieu. On chemine vers une forme de vie impalpable entre Mars et Jupiter, et dans les couloirs d'un lieu qui contient tous les lieux. On subit un lavage de cerveau magico-marxiste, on explore l'esprit des morts en quête d'œuvres d'art inédites, on prend contact avec des entités orbitales capables de changer l'Histoire. On se pose aussi beaucoup de questions : sur les propriétés chimiques de la potasse, la tête robotisée de Philip K. Dick et d'autres mystères plus ou moins solubles dans le réel. En gardant l'esprit ouvert, on peut même y découvrir un poème en prose et deux romances postmodernes.
En quinze nouvelles, un panorama de la science-fiction la plus actuelle par quelques-uns des maîtres français du genre.

Informations complémentaires :

http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=34767

Mon avis :
       Cette anthologie, je l'attendais de pied ferme. Imaginez : il me faut remonter à l'année 1998 pour bien vous faire comprendre pourquoi cette nouvelle anthologie dirigée par Serge Lehman (Aucune étoile aussi lointaine, La brigade chimérique) sonnait en moi comme un réveil de la SF, comme un bon coup de pied dans la fourmilière. 1998, c'est l'année de sortie d'un ouvrage intitulé Escales sur l'horizon. Cet ouvrage, déjà dirigée par Serge Lehman, est arrivée à un moment où, en France, la milieu de la SF recommençait à se structurer et à trouver une énergie  nouvelle dûe à l'émergence d'une génération d'auteurs dont la plupart, aujourd'hui, sont en pleine maturité : Thomas Day, Jean-Claude Dunyach, Sylvie Denis, Ayerdhal, ou encore Laurent Genefort. C'était l'époque des fanzines, une époque très épistolaire, où descendre jusque sa boîte aux lettres devenait un plaisir quotidien. Internet émergeait à peine. Moi, j'étais étudiant. Je venais d'arriver à Rennes, en fac de lettres. Plus tard, j'allais même trouver un "club" de SF à Rennes avec qui un fanzine allait naître, également. Mais revenons à nos moutons : Escales sur l'horizon aura été le point d'orgue,la clef de voûte (plus encore que l'anthologie Genèse chez J'ai Lu à mon sens) du renouveau de la science-fiction d'expression française. Ce livre fut le premier grand format que j'achetais, le seul pour lequel il me sembla ,que l'investissement en valait la peine. Je voulais participer à ce mouvement de renouveau, même très modestement par l'achat d'Escales sur l'horizon. J'eus beaucoup de mal à mettre la main dessus : la Fnac de Rennes, j'y allais fréquemment (quand on vient d'une toute petite ville, un rayon comme celui qu'avait la FNAC, c'était juste MAGIQUE, ce n'est plus le cas d'ailleurs), et l'on me répondit deux ou trois fois : "nous n'en avons plus, mais on peut vous le commander". La troisième ou quatrième fois, je dus le commander. J'étais très content. Visiblement l'anthologie avait du succès. Avec du recul, j'étais peut-être tombé sur des libraires incompétents, qui ne l'avaient pas commandé du tout à l'office. Mais passons. Je lus l'anthologie avidement, et ce fut un choc : si la plupart des auteurs étaient connus pour moi qui lisais des fanzines (La Geste, Dragon et Microchips...) il me sembla que la qualité des textes était très élevée, que ceux-ci étaient pour la plupart audacieux et innovants. Je connus un véritable choc de lecture et, depuis, cette anthologie est restée une des pierres angulaires de mon identité de lecteur de SF.

       Retour sur l'horizon, ce comme back du renouveau de la revanche, je l'attendais donc avec les yeux et l'esprit du jeune étudiant que j'étais à l'époque. C'était une grossière erreur ; involontaire, mais une erreur tout de même. Retour sur l'horizon n'est EN RIEN comparable à son aînée. Elle n'a, au final, ni les mêmes motivations, ni les mêmes exigences  : les deux époques sont différentes, le contexte de publication l'est également. Ce retour, pour moi, fête donc avant tout les 10 ans de l'excellente collection Lunes D'encre, avec un panel d'auteurs francophones qui est le reflet pertinent de ce qui se publie actuellement dans notre pays chez certains éditeurs indépendants. Alors, je vais de ce pas arrêter les comparatifs avec Escales sur l'horizon : bien sûr que j'ai été déçu. Mais je n'ai pas été déçu pour les bonnes raisons, à savoir un manque de qualité.

       Pour vous convaincre du contraire, lisez cette anthologie. Vous y trouverez de Grands Anciens (Curval, Ruellan), la génération parvenue à maturité (Thomas Day et Jean-Claude Dunyach signent les meilleures nouvelles du recueil dans des styles bien différents), ainsi que la suivante, pleine de promesses : Jérôme Noirez, Fabrice Colin, David Calvo, Catherine Dufour. Sans compter les "petits jeunes", presque vierges à ce niveau comme Eric Holstein, Maheva Stephan Bruni ou Daylon qui franchissent cette étape avec plus ou moins de réussite (un amusant Holstein, un soporifique Daylon). Mais peu importe quels textes sont bons ou moins bons, l'important, c'est ce que stigmatise ce retour sur l'horizon : une Science-Fiction vivante, bien plus vivante que ne le laisse parfois suggérer la décevante préface, qui ne renonce pas à essayer d'exister. A la lecture de Retour sur l'horizon, en faisant abstraction des constats économiques actuels autour du livre en général, on en retire un autre, plus substantiel et essentiel : La science-fiction française se porte plutôt bien.

8/10 Quoi qu'on en dise : un achat plus qu'obligatoire.

L'ex d'ici et d'à côté.

Publié dans Critiques SF

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S
<br /> Faut que je me procure cette antho. Et dire qu'il y a aussi la suite de Velum qui paraît chez DLE. Yeah !<br /> <br /> <br />
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