Fiche n° 272 : Le Fils de Nulle Part de Sean Stewart

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :


Résumé :
Le Bois Maudit ronge le coeur du royaume depuis plus de mille ans. Depuis plus de mille ans, les plus nobles et les plus valeureux héros ont tenté d’atteindre le Donjon Rouge maléfique au centre de la forêt pour vaincre la malédiction et obtenir ainsi la récompense promise par le roi Astin IV : exaucer n’importe lequel de leurs voeux. Aucun n’est revenu. Jusqu’à Mark Forgeron, paysan sans terre et sans famille venu de nulle part…

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=31052

Mon avis :
En mettant fin à une malédiction vieille de plusieurs siècles, Mark Bouclier a réalisé son rêve d'enfance : il est devenu un héros. Et chose promise, chose due, le roi devra réaliser son souhait le plus cher. Mark ne va pas hésiter longtemps : Gail, la princesse cadette n'a pas encore d'époux. Il demande donc sa main. Une main qu'on lui donne à regret. Mark n'en a cure, il va enfin pouvoir être heureux et oublier ce père qui l'a abandonné. Oui, c'est sûr,  Mark va se marier avec Gail et tous deux pourront vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants. Sauf que. Sauf que, quoique Mark fasse, il restera toujours un paysan aux yeux des nobles. Sauf que la princesse ne veut pas d'enfants. Sauf que des spectres rôdent à nouveau sur les murailles éclairées par la lune... 

Le Fils de Nulle Part
, c'est un peu la suite d'un conte, la suite de tous les contes. Sean Stewart dévoile l'histoire après l'histoire, le conte après le conte. Que se passe-t-il après le "... et ils vécurent heureux" ? On se l'est tous demandé au moins une fois, Sean Stewart le premier. L'auteur du magnifique L'oiseau moqueur (pour moi, le meilleur roman publié en 2006) jette le regard réaliste et désabusé d'un adulte sur "l'impossible happy" end que la vraie vie nous enseigne. Où sont passé nos rêves d'enfance, sommes-nous devenus policier, cow-boy ou princesse ? Plutôt que de prendre sa revanche d'adulte sur le mensonge nécessaire des contes, plutôt que régler ses comptes avec les frères Grimm, Perrault ou Disney, l'auteur américain a fait le choix d'un conte pour adultes. Un conte où la douce magie de l'enfance épouse le dur réalisme de la vie adulte.

Si l'auteur ne pousse pas la parodie aussi loin que les studios Dreamworks dans Shrek, il ne se prive pas, un peu à la manière de Simon R. Green dans le très sous-estimé La Nuit de la Lune bleue, pour se moquer, toujours avec humour, de passages ultra-connus de contes. Pour autant, Le Fils de Nulle Part ne se limite pas à une "simple" fantasy humoristique. Il aborde ainsi des sujets plus graves comme la perte de l'innocence ou la quête identitaire. Cette intrusion réussie du réalisme dans le paysage du conte ne tient que par le talent de l'auteur. Pour écrire un tel conte, il fallait bien un conteur. Et quel conteur ! Avec sa plume discrète et limpide, Sean Stewart donne vie à des personnages fait de chair et de sang, à un univers qui dégage une douce mais cruelle mélancolie. Le passage à l'âge adulte ne se fera sans heurt pour Mark qui relèvera plusieurs défis dont le moindre ne sera pas celui de se trouver. A l'instar de Graham Joyce, Sean Stewart a le sens de la formule qui marque, de la sentence qui touche juste. La comparaison ne s'arrête pas là puisque l'on retrouve chez l'un comme chez l'autre le plaisir simple de raconter de belles histoires.

Signalons enfin une anecdote assez amusante. Il est en effet assez drôle de voir que le héros du roman n'a pas le même nom sur la quatrième de couverture et à l'intérieur même du bouquin. Ainsi le Mark Forgeron évoqué derrière le livre s'appelle Mark Bouclier dans le livre (voire même Mark Lebouclier de la page 240 mais bon là je chipote). C'est pas très grave mais c'est assez étonnant !

8.5/10 Il était une fois un auteur plein de talent, un auteur pas comme les autres qui avait décidé de conquérir son monde en écrivant des romans de fantasy où le réalisme psychologique se disputait avec la magie des contes de notre enfance. Le Fils de Nulle Part confirme ce que l'on pressentait à la lecture de L'Oiseau Moqueur : Sean Stewart est l'un des auteurs de fantasy les plus inspirés du moment ! Adoptez Le Fils de Nulle Part, le deuil des contes de votre enfance n'a jamais été aussi bien (ra)conté. Sublime !

Simatural

Publié dans Critiques Fantasy

Commenter cet article

Meor 11/09/2009 11:14

Bon je l'ai enfin lu (d'une traite) et j'avoue que j'ai aussi été conquise. C'était drôle et franchement bien tourné, et j'aime quand la magie est un prétexte, une métaphore aussi bien tournée. Alors oui moi aussi je dis au moins 8,5 !
(maintenant j'vais fondre sur l'Oiseau Moqueur. Dès que je le récupère)

Mitificus 11/07/2009 21:45

Après lecture, moi j'aurais mis 9. il y a quelques trucs en trop mais vraiment peu et bien sur il y a les bourdes d'éditions. Mais ce que je retiendrais de ce livre c'est surtout le coté original rafraichissant, c'est bien écrit, c'est vraiment un livre très chouette qui me donne envie de découvrir un peu plus l'auteur.

ERIC 11/06/2009 23:53

Je confirme, c'est vraiment original et rudement bien mené. Et...Effectivement on se laisse emporté dans ce conte très rapidement. Bon je suis en train de le lire je n'ai pas fini, mais pour le moment je confirme, et je savoure ;o)

Simatural 11/06/2009 20:27

J'ai longtemps hésité. 8,5 ? 9 ? ... Mais, 8,5 ça me parait bien. C'est un grand roman, pas de doute là-dessus, mais en-dessous de en panne sèche ou de wwz qui ont eu 9.

mitificus 11/06/2009 20:20

je croyais que tu voulais mettre 9? En tous cas ça donne envie... bien plus que la 4eme de couverture!