Fiche n° 270 : Rage de David Moody

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :


Résumé :
Vous êtes peut-être le prochain.
Tout à coup, sans raison, vous assassinez vos voisins, vos amis, votre famille, de manière brutale, vicieuse et sans pitié.
Est-ce un virus, une attaque terroriste, ou quelque chose de plus primaire, tapi depuis toujours au fond de vous ?
Mais ne paniquez pas.
Mettez-vous à l’abri.
Nous maîtrisons la situation.
Attendez de nouvelles instructions.
Ou nous vous maîtriserons, vous.
L’épidémie arrive en France !

Informations complémentaires :
http://critic.fr/detail_livre.php?livre=33703

Mon avis :
Une vague de violence inouïe frappe le pays lorsque des personnes s'en prennent aux membres de leur entourage -dans les deux acceptations du terme- sans raison apparente. Loin de s'éteindre, le phénomène s'étend. Bientôt, ces folies individuelles tournent à l'hystérie collective. Epidémie ? Attaque terroriste ? Barbarie humaine ? Personne ne semble tenir le moindre petit bout de réponse. Surtout pas les chaînes de télé qui passent en boucle des programmes où des imbéciles incompétents se lancent à la gueule leurs interprétations personnelles, où l'on (qui est ce "on" ?) vous somme de rester cloîtré chez vous. Les autorités politiques; quant à elles, restent muettes.  

Danny, le narrateur des évènements, bosse depuis peu dans le département Traitement des Contraventions de Stationnement (TCS) ; un boulot minable qui lui permet tout juste de nourrir sa femme et ses trois mômes. Après d'interminables journées d'engueulades avec ses patrons/collègues/clients, Danny rentre chez lui énervé et crevé. Chose que ses gamins n'ont pas bien compris puisqu'ils se disputent tout le temps. De plus, ça fait un moment qu'il n'a pas baisé avec sa femme. Pour autant, ne croyez pas que le Danny, il n'aime pas sa famille, vous auriez tout faux. En voilà une vie normale, la vie moderne dans toute sa plendeur avec ses cons qui nous oppressent, cette paperasse qui n'en finit jamais et ses lois et réglements débiles mais nécessaires. Danny se révèle vite être l'un des points forts du roman. On est agréablement surpris par la justesse de ses décisions ou même de ses indécisions. On se fait souvent la remarque "putain, j'crois que j'aurais réagi de la même façon" alors même que ladite situation demandait un acte de bravoure. Ces réactions, loin d'être celle d' "un personnage de mauvais film d'horreur" pour citer Danny, sont convaincantes et compréhensibles. Voilà un piège récurrent du genre évité ! 

Le texte, découpé en journées, ne dépasse les deux semaines dans le temps de la fiction. Chaque jour débute par une scène de meurtre où un enragé s'acharne sur une pauvre victime. Ces passages permettent à l'auteur de faire doucement monter la tension, de distiller goutte à goutte la folie et l'horreur dans l'esprit du lecteur mais aussi de se lâcher dans ces petits moments où le trash et l'humour noir se dispute l'affiche. Si l'on avait pu craindre que ces passages lassent par leur gratuité et leur violence, il n'en est rien. L'auteur rebondit en s'attardant non plus sur l'acte de mise à mort en lui-même mais sur les réactions qu'il suscite puis il les passe  tout simplement à la trappe. 

Par pitié, ne jugez pas trop hâtivement le livre ! Laissez-lui prendre son temps et aller jusqu'au bout de ses intentions. L'auteur connait ses classiques (il cite texto le Zombies de Romero et L'invasion des Profanateurs de Jack Finney) et maîtrise visiblement les ficelles du genre. Au fur et à mesure que la folie contamine le livre, celui-ci n'en devient que plus passionnant. Non seulement il réserve quelques surprises en prenant des virages inattendus mais il dévoile des ambitions que l'on n'espérait pas après les premiers chapitres. De 6,5, le bouquin est rapidement passé à 7 pour finalement décrocher le 7,5. Car Rage vous réserve son lot de scènes marquantes comme celle de l'homme qui vient faire sauter son pv (scène qui fait écho à l'un des premiers passages du texte) ou encore celle du pillage de la grande surface.

Depuis V-Virus et World War Z (WWZ), je n'avais pas vu une ambiance de fin du monde aussi bien rendue. A l'inverse d'un WWZ qui décrit les conséquences d'un désastre à l'échelle mondiale, Rage prend le partie de suivre les pas d'un seul homme et offre une vision plus limitée mais non moins intéressante. L'autre différence réside dans le fait que les zombies font des ennemis bien identifiables tandis que les "méchants" de Rage n'ont rien de remarquable. La peur nourrit le peur ; d'elle naît la colère. Votre voisin qui s'acharne sur un cadavre à coup de pelle ; est-il un enragé ? ou un homme normal qui tue un enragé ? En outre, il semble que les éprouve des émotions et notamment celle de nous (?) (ahah) craindre...  

Si Shaun of the Dead, avec certes beaucoup d'humour, anglais de surcroit, retraçait la vie d'un homme "zombifié" par ses habitude et son confort confronté à de vrais zombies, Rage s'attarde sur le stress quotidien auquel on est tous soumis dans notre société moderne et sur les poussées de colères auxquelles on est tous sujet dans une épidémie de rage (?). David Moody écrit simplement. Attention, simplement ne signifie pas mal : c'est dépouillé et efficace. En outre, on ne peut lui nier un talent certain pour ce qui est de raconter les tracas du quotiden auxquels on est souvent confronté. Plusieurs fois, j'ai ri de ce qui, dans la vie, m'énerve profondément.  

Finalement, le seul gros défait du livre, c'est de passer après un World War Z autrement plus ambitieux et impressionnant. On pourrait aussi lui reprocher son départ timide, sa fin trop ouverte mais c'est surtout son packaging qui pose problème. J'aime pas la couverture. Du verbe "j'aime pas". Je connaissais les photos de l'auteur en quatrième mais alors en couverture... S'il est évident que l'auteur ne se prend pas au sérieux, retrouver sa tronche en couverture n'est pas très engageant. Ce n'est pas non plus la quatrième de couverture très racoleuse qui pousse à la lecture : "l'épidémie arrive en France". On croirait entendre la phrase de fin d'une bande-annonce ! N'y faite pas attention, l'intérieur vaut le détour.

7/10 Sous le couvert d'un roman "vite lu vite oublié" se cache un survival horror bien mené qui, loin de démérité, pâtit néanmois du passage de l'ouragan WWZ. Rarement gratuit dans son propos, il lance la carrière d'un auteur que l'on espère revoir rapidement en France.

Simatural

Publié dans Critiques Horreur

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