Dossier Taniguchi (62 ans !!!!)

Publié le par Librairie CRITIC

Pour les 62 ans de celui-ci, il était question de rendre humblement hommage au meilleur mangaka en activité, Jiro Taniguchi. Ainsi, nous avons décidé avec Simatural de réaliser une rapide critique du plus grand nombre de ses oeuvres, afin, nous l'espérons, de vous donner envie, de découvrir, si ce n'est déjà fait, l'immense talent de cet auteur.
Les différentes oeuvres sont classées ici par ordre de parution (en France), avec les dates entre parenthèses. Toutes n'y figurent pas bien sûr. N'hésitez pas à nous faire partager vos impressions. Et bonnes lectures...

Au temps de Botchan (87-96)

C... :  6/10  Première oeuvre traduite. Botchan est l'histoire d'un auteur japonais du début du siècle dernier qui s'inspire de son entourage pour écrire un roman. Une narration un peu hésitante, un rythme saccadé, on a du mal à rentrer dedans. A travers cette auteur et cette rédaction, c'est toute l'histoire d'une époque, d'un pays qui s'occidentalise de plus en plus, d'une société d'intellectuels. A défaut d'être totalement prenant, il n'en demeure pas moins instructif.
Simatural : 5/10 Ce n'est pas mauvais, c'est juste que personnellement, je n'y accroche pas. C'est bien documenté, intéressant à bien des titres mais rien à faire, je m'ennuie terriblement. On y trouve les prémisses du talent de l'auteur mais encore à l'état de germes. Attention, d'autres ont aimé et il se peut que vous aussi...

L'homme qui marche (90-91)

C... :  7/10  Comme son nom l'indique, c'est l'histoire d'un homme qui marche, et qui nous livre ses états d'âme au cours de ses pérégrinations. Taniguchi, ou "comment réussir à faire une histoire passionnante avec si peu de choses".
Simatural : 7/10 L'acte contemplatif poussé à son paroxysme. C'est très beau, magnifique, et le pire dans tout ça,  c'est que l'on marche avec le personnage principal, que l'on observe avec lui et que l'on ne s'ennuie pas une seule seconde. De là, à la relire tout le temps. Une BD très belle... la première fois !

Kaze no sho (92)

C... :  7,5/10  Une très bonne histoire de samurai, de ninja, de complots et de duels. On est loin des récits apaisants et contemplatifs auxquels Taniguchi nous a habitués. De l'action, de l'intrigue dans les hautes sphères du Japon des Kurokawa. Dommage qu'il soit nécessaire d'avoir un bac +28 en histoire du Japon ou de quoi prendre des notes à côté pour ne pas être perdu dès la deuxième page.

Terre de rêves (91-92)

C... : 6,5/10  Même si c'est pour moi le moins bon, Terre de rêves est peut être le plus représentatif du talent de Taniguchi. 5 petites nouvelles, où il est question de promener un chien, de l'aider à faire ses besoins. Puis la même chose avec un chat, avec une nièce... Bref, par n'importe qui d'autre, ce serait tout bonnement pitoyable, ennuyeux au possible. Et là non. Alors, c'est pas exceptionnel, mais ça reste touchant, apaisant. Et puis la cinquième nouvelle (avec l'alpiniste) est poignante.
Simatural : 7.5/10 Terre de Rêves traite du rapport entre maîtres et animaux domestiques. En à peine cinq nouvelles, Taniguchi arrive à brosser un tableau de nos meilleurs amis et de la place que ceux-ci arrivent à prendre dans nos vies.. Je m'y suis reconnu et j'ai beaucoup aimé !

L'orme du Caucase (93)

C... :  7,5/10  Huit nouvelles traitant de façon douce et variée de souvenirs, de rencontres. La contemplation d'un arbre, d'un tableau, d'une ombre sur un mur. Taniguchi nous emporte une nouvelle fois avec très peu de choses dans un monde calme, apaisant. Sans être un parfait chef-d'oeuvre, c'est beau et touchant.
Simatural :  9/10 Il s'agit en fait de l'adaptation d'un recueil de nouvelles de son compatriote Ryôchirô Utsumi. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cet Orme du Caucase nous donne envie d'aller voir du côté des écrits de ce dernier. Ces courts morceaux de vie n'ont rien à envier, ni en force ni en finesse, aux récits plus développés de Taniguchi. Tous très différents, ils pincent le coeur du lecteur, chacun à leur manière. Voilà sans aucun soute l'un des plus beaux albums de l'auteur et peut-être même, la meilleure porte d'entrée vers son univers. 

Le journal de mon père (94)

C... :  8/10  Un jeune homme revient sur son passé, entouré par les proches de son père, lors de son enterrement. La vie touchante d'un jeune garçon, racontée sous forme d'anecdotes par la famille présente. On est très vite plongé dans cette histoire, celle d'un petit garçon, dont la fascination pour son père reste ancrée au plus profond de lui, encore adulte. Vue la récurrence de ce sentiment dans l'oeuvre de Taniguchi, il est d'ailleurs difficile de ne pas y voir une part autobiographique. Quoi qu'il en soit, malgré sa qualité indégniable, Le journal de mon père souffre de quelques longueurs.
Simatural : 9,5/10 Mon premier Taniguchi restera aussi mon préféré.
Un homme revient dans son village natal pour le décès de son père après une dizaine d'années d'exil. Une rancune tenace à l'égard de son géniteur l'ayant tenu éloigné de son foyer parental. La veillée funéraire sera l'occasion pour la famille d'évoquer de vieux souvenirs, et pour le héros, de comprendre son père, de lui pardonner et de faire son deuil. Avec le talent qu'on lui connaît, Taniguchi raconte l'histoire d'hommes et femmes en proie aux turpitudes de la vie, celle-là même qui donne, prend, multiplie les surprises, bonnes et mauvaises et divise avec la même facilité. Le Journal de mon père, c'est le chef-d'oeuvre du plus grand mangaka actuel.

Le gourmet solitaire (94-96)

Simatural : 7,5/10 Marcher, on l'a vu, c'est cool. Manger aussi. Les plaisirs simples font les histoires simples. Je recommanderai toutefois de ne pas lire toutes les histoires d'affilées pour ne pas risquer l'indigestion et quelques aigreurs d'estomac. Dans un menu idéal, Le Gourmet solitaire s'accompagne très bien avec des Gouttes de Dieu. Comprenne qui pourra...

Quartier lointain (98)

C... :  10/10  Un homme, la cinquantaine, se retrouve un jour dans son propre corps, en 1963, alors qu'il n'avait que 14 ans. Commence alors une quête nostalgique de souvenirs passés, mais surtout de réponses, à cette question qui le hante depuis tout ce temps : pourquoi son père est-il parti de la maison à la fin de l'été 63 ? Sans doute l'oeuvre la plus aboutie, la plus riche de Taniguchi, où tout ce qui fait la force de l'auteur est porté à son paroxysme. Une idée originale, et une ambiance à part, apaisante, tout simplement.
Simatural : 9/10 Si on retrouve le principe du flashback comme dans le journal de mon père, il vient d'une manière différente. Tous deux visent à jeter un regard nouveau sur le passé pour atteindre une compréhension nouvelle des évènements et une forme de sagesse. L'histoire de Quartier lointain ne m'a autant boulversé que celle du Journal. On y retrouve globalement les mêmes thèmes, sans jamais avoir l'impression d'une redite ni même un sentiment de déjà-vu. C'est excellent, c'est juste un cran en-dessous du Journal.


Le sauveteur (99)

C... :  9/10  Un alpiniste qui enquête sur la disparition de la fille de son meilleur ami décédé. Une véritable enquête, chose assez rare chez Taniguchi pour être soulignée. Avec de nombreux flashback alternant les ambiances de ville et de montagne, Taniguchi nous livre un scénario passionnant, riche en rebondissements, et bien sûr en émotions. Varié dans les thèmes et les lieux rencontrés, on ne s'ennuie pas une seconde dans cette longue enquête extrêment instructives sur certains aspect de la vie japonaise.
Simatural : 8/10 Peut-être bien le Taniguchi le plus classique, le moins "taniguchien" (oui les grands hommes ont le droit à leur adjectif) et l'un des plus prenants. On retrouve certains de ses thèmes de prédilection (l'alpinisme, la famille, etc.) dans un thriller passionnant de la première à la dernière page. A lire !


Le promeneur (03-05)

C... :  7/10  A peu de choses près la même chose que L'homme qui marche. Un homme se promène, chacune des 8 promenades est un prétexte à la découverte de quartiers, de lieux mystérieux. Taniguchi nous emmène ici en compagnie de Kusumi dans les rues d'une ville japonaise typique. Tantôt évasif, tantôt instructif, le rythme est pourtant un peu trop hacé pour se laisser totalement bercer par l'histoire.
Simatural : 6/10 Mouais, on a l'impression de retrouver l'Homme qui marche dans un format à l'européenne. Comme je disais plus tôt, L'homme qui marche, ça fonctionne bien la première fois, beaucoup moins la seconde... surtout que Le Promeneur est beaucoup moins osé dans son parti pris que l'Homme qui marche.

L'homme de la toundra (04)

C... : 7,5/10  Un recueil de 6 nouvelles qui ont pour point commun un combat entre l'homme et la nature, matérialisée par des étendues enneigées, des loups, un ours, la mer, une baleine à bosse. Au milieu de tout ça, une nouvelle toute calme sur un jeune mangaka dans un immeuble où vivent des gesn en tout genre. Des nouvelles très différentes qui offrent au final une alternance de rythme, d'intensité, de thématique aussi, tout en gardant, comme à chaque fois, force et qualité.
Simatural : 7,5/10 Le Vieil homme et la Mer à la sauce Taniguchi. Si ce n'est pas le meilleur recueil de l'auteur, il n'en demeure pas mois très réussi et tout à fait recommandable. On se laisse encore une fois prendre à la gorge par la puissance des histoires, au coeur par leur simplicité et on prend plein les yeux avec le dessin superbe de l'auteur. A lire !

Un ciel radieux (04)

C... :  9/10  Loin d'une simple histoire de moto. Suite à un accident, la conscience d'un homme prend possession du corps du jeune homme qu'il a percuté en voiture. Ce n'est pas la première fois qu'un homme se retrouve dans un corps qui n'est pas le sien. Et comme pour Quartier lointain, Taniguchi nous offre ici une oeuvre d'une rare qualité, émouvante et haletante jusqu'à la dernière des 340 pages (et oui, en plus, ça ne se lit pas en 20 minutes...) où deux personnalités vont tenter de cohabiter dans un même corps.
Simatural : 8,5/10 Le transfert corporel est un thème rabaché en littérature, celui de la cohabitation beaucoup moins. Une bonne histoire, rondement bien menée et qui ne laisse pas indifférent. Tout juste pourra-t-on reprocher un élément de la fin qui, je trouve, ne permet pas à un ciel radieux d'être au niveau des meilleures productions de l'auteur. Enfin, ne boudez pas un ciel radieux, vous auriez tord !

La montagne magique (06)


C... : (Critique déjà parue ici) 9/10  Peut être destiné à un public plus jeune que les autres, il n'en reste pas moins exceptionnel dans son domaine. Fable onirique, leçon "écologique". Mon premier Taniguchi (dis je avec beaucoup d'émotion...). Une histoire racontée avec toujours la même retenue, que ce soit dans la narration, les dessins ou, chose rare, les couleurs. Un excellent moyen de faire découvrir le Japon (le vrai... pas celui de Naruto.) et sa mythologie aux jeunes lecteurs.
Simatural : 8/10 Un Taniguchi qui prend parfois des airs de Miyazaki... Un jolie fable écologique qui peut se lire dès 14 ans.

Un zoo en hiver (08)


C... : (critique déjà parue ici) 8/10  Sans doute l'oeuvre la plus personnelle de Taniguchi. A travers ce jeune assistant mangaka, L'auteur nous dévoile une partie de son passé, et nous dresse un portrait de la société japonaise des années 60, par le biais des artistes, avec toujours autant de talent dans la narration.
Simatural : 7,5/10 Un bon manga mais un Taniguchi moyen. J'espérais que l'auteur nous transporte un peu plus dans l'univers des mangakas, qu'il nous raconte comment il est devenu l'artiste reconnu qu'il est aujourd'hui, qu'il nous décrive plus en avant l'acte créatif. J'en attendais peut-être trop, surtout qu'il n'est pas mauvais, loin de là ce manga ; j'ai juste été un peu déçu par les thématiques qui s'y trouvent trop développées et celles, bien plus intéressantes à mon avis, sur lesquelles l'auteur passe trop rapidement et qui auraient mérité que l'on s'y attarde le temps de quelques pages.

C... et Simatural

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C... 13/05/2010 13:23


Effectivement, on s'est contenté des ouvrages disponibles à la librairie au moment du dossier, et le sommet des dieux (le premier tome) était alors en rupture...
Pour K et Seton, c'est plutôt une question de choix, afin de ne pas surcharger le dossier (comme Blanco par exemple).
Personnellement, je trouve qu'on sous-estime vraiment le sauveteur et un ciel radieux (tout le contraire du journal de mon père ;-) )
Mon trio de tête : Quartier lointain, Un ciel radieux et La montagne magique ;-)


Damien 12/05/2010 22:30


Tssss ^^

Il manque quand même pas mal de choses dessinées par le maitre :
- Seton
- Le sommet des dieux
- K

Sinon, Taniguchi, pour moi, c'est d'abord Quartier Lointain. Puis le Journal de Mon Père (légèrement en retrait par rapport à Quatrier Lointain, pour moi) et les 3 ouvrages/séries listées ci-avant
(surtout le sommet des dieux, véritablement émouvant !)
Mais d'après ce dossier, j'ai encore pas mal de choses à rattraper et à lire... ^^


Etienne 21/08/2009 15:49

Eh l'autre eh comment il galère pour avoir des vivisteurs!
Trop la hooonte!!!
Pardon...
Bref, je n'ai lu de lui que Quartier Lointain, et c'est robablement l'un des plus beau manga/BD que j'ai lu de ma vie...
C'est magnifique, c'est touchant, c'est génial, enfin bref je en manque jamais de superlatifs...

Simatural 20/08/2009 17:57

ben alors ? pas de commentaire ? trop timide peut-être ? Vous n'avez jamais lu un Taniguchi ?

A vrai dire, j'aimerai mieux que ce soit votre timidité qui explique cette absence que le fait que vous n'ayez jamais ouvert un manga du maître !