Fiche n°246 : Le Dit du Sang (Le Langage de Pierre 1) de Pamela Freeman

Publié le par Simatural

Couverture :


Résumé :
Voilà mille ans, le peuple d'Acton conquit dans le sang les Onze Domaines, dont il tua ou chassa les habitants légitimes. Ceux qui ne périrent pas survécurent péniblement sur les routes, livrés à la faim, au froid et à la haine des occupants. On appela ces infortunés les Voyageurs.
Aujourd'hui, les Domaines sont gouvernés d'une main de fer par les Seigneurs de Guerre d'Acton. Certaines choses échappent cependant à leur contrôle et menacent leur autorité : les esprits, la magie des éléments, des forces qui dépassent l'entendement... et parfois des êtres humains, lointains descendants des Voyageurs. Comme Ronce, cette jeune fille qui doit fuir les siens pour un crime qu'elle n'a pas commis ; comme Frêne, un apprenti garde du corps contraint de tuer pour le compte d'un employeur tyrannique ; comme Faucon, le noir enchanteur qui a juré vengeance pour son peuple.
Jamais les pierres n'auraient pu prédire qu'un lien puissant unirait un jour leurs trois destins. Un lien de sang venu du fond des âges...

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=33450


Mon avis :
Présentée comme l'égale de Trudi Canavan, Karen Miller ou Fiona McIntoch, Pamela Freeman serait plus proche d'Ursula K. Le Guin si l'on jouait au petit jeu des comparaison. Sa fantasy ne se préoccupe guère que de l'Homme tandis que, comme dans Terremer, le reste importe finalement peu.

Le texte alterne entre des chapitres relatifs aux héros et d'autres consacrés à des personnages secondaires. Ces derniers, des témoignages, relatent les vies d'hommes et de femmes ordinaires, rencontrés par l'un des trois personnages principaux. Loin d'être inintéressant, au contraire, cet angle se révèle vite être le charme majeur de l'ouvrage. Ces histoires ont pour fil rouge la tristesse et la misère d'un peuple depuis trop longtemps soumis, asservis et méprisés par un autre qui lui à voler ses terres. Après dix siècles d'oppression, la colère gronde chez les Voyageurs. La goutte d'eau qui fera déborder le vase semble toute proche...

L'auteur reprend le thème ultra-connu des « voyageurs » : un peuple de nomades méprisés des sédentaires, qui vit sur les routes. Ceux-ci ne changent pas des vagabonds du dyptique Corbeau de Patricia Briggs en fantasy ou de ceux de La saga des Sept Soleils de Kevin J. Anderson en SF. Dans des chapitres plus ou moins courts intitulés « Le Dit de … », l'auteur laisse la parole aux seconds rôles, à ceux qui en sont habituellement priver, à ceux qui d'ordinaire déclament les tirades que l'on a bien voulu leur laisser. « Le Dit du Sang », c'est d'abord leur histoire, une histoire d'un millénaire marquée par des pleurs, de la boue et du sang.

Des témoignages si passionnants qu'ils seraient presqu'enclain à nous faire oublier la trame principale. Si l'on se doute dès le départ que les destins de Ronce, Frêne et Epervier sont liés (ils seront amenés à se rencontrer ou à tout le moins, à se croiser, c'est une évidence), leurs quêtes respectives constituent la part la plus importante du récit.

Ronce, une jeune femme au caractère épineux, accapare le plus grand nombre de pages. Son histoire, semblable à celles de des héroïnes de Cavalier Vert ou du Cycle de Valdemar, est, la plus classique mais aussi la moins intéressante. Elle développe les relations que peuvent entretenir un cavalier et sa monture. Heureusement, vers la fin, l'histoire de Ronce prend de l'ampleur et gagne en intérêt.

Vient ensuite Frêne, un jeune homme qui, à défaut de devenir l'artiste qu'il rêvait d'être à cause de son manque de talent, consacre ses efforts à devenir le parfait assassin sous la tutelle d'une femme aussi belle que manipulatrice. L'aventure de Frêne se montre à mon avis, la plus passionnante des trois car elle fait preuve de plus de rythme que celles de ses deux consoeurs.

Enfin, il y a Epervier. Plus sombre que celui de Le Guin, cet enchanteur voue toutes ses forces à la vengeance des siens. Pour nouer une aura de mystère autour de son personnage, l'auteur a recours à de courts chapitres qui gagnent parfois quelques centaines de signes. Par contre, si l'on en sait un peu plus sur le passé d'Epervier à la fin de ce premier tome, on est bien en peine de le trouver attachant ni même de le décrire. Espérons qu'il connaîtra un développement plus conséquent par la suite pour ne pas rester en marge des deux autres et entrer au panthéon des personnages superflus.

Tous trois sont guidés par les dieux. Des dieux qui interviennent de différentes manière dans le monde imaginé par l'auteur. Par exemple, au bout de trois jours, les morts reviennent sous la forme de spectres et peuvent décider de pardonner ou non à leur meurtrier, ce qui aura pour conséquence soit de le figer sous cette forme soit de l'envoyer vers une possible réincarnation.

Pour ce premier tome d'introduction, Freeman privilégie un récit calme, posé, patient qui pose les basent d'un conflit encore à venir. Petit à petit, elle place ses pièces, dévoile leurs natures et divulgue les relations qui les rapprochent ou les éloignent. Le pas de rigueur dans les deux premiers tiers tourne au petit trot dans la dernière centaine de pages. On espère que le galop qui s'annonce sera fantastique. De même, que l'auteur fasse preuve de plus d'originalité ne serait pas une mauvaise initiative ; trop, beaucoup trop de références me viennent à l'esprit quant il s'agit de parler de ce livre.

Finissons par quelques remarque sur l'éditeur qui semble avoir entrepris un travail de reconquête auprès des lecteurs. Rappelez-vous des bouquins massacrés, découpés, proposés à des prix exorbitants ! Pygmalion n'a pas mauvaise réputation pour rien (on leur accordera tout de même des choix éditoriaux judicieux). On nous promet dans les prochains mois de nouveaux auteurs, des textes dans leur version intégrale, une nouvelle maquette et même un nouveau site internet avec un forum où vous pourrez déverser toute la bile accumulée pendants de longues années. Mais faisons confiance à Thibault Eliroff et souhaitons lui bonne chance : nous serons les premiers bénéficiaire si Pygmalion arrive à se racheter une conduite.

7,5/10 Derrière une intrigue principale plutôt convenue, Le Dit du Sang conte le quotidien d'hommes et de femmes ordinaires dans un monde qui les saignent et les exploitent. Dans la droite lignée de Terremer de Le Guin, Freeman favorise une fantasy où magie et couteau ne sont que des extensions de l'âme humaine. Une excellente surprise !

Simatural

Publié dans Critiques Fantasy

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