Fiche n° 242 : Arachnae de Charlotte Bousquet

Publié le par Simatural

Couverture :


Résumé :
Des bas-fonds les plus sordides aux éclats de la cour princière, la cité d'Arachnae se livre sans fards, gangrenée par l'horreur et les excès. Dans le Labyrinthe où se côtoient la misère et le vice, des cadavres d'enfants torturés sont retrouvés. Théodora, la belle bretteuse libertine, est contrainte de s'allier avec l'austère Capitaine Gracci pour faire cesser ces crimes, alors qu'une guerre souterraine sans merci se joue entre le prince Alessio et les Moires, ses conseillères, et qu'une secte mystérieuse semble étendre son influence sur l'aristocratie décadente. Ces alliés que tout oppose parviendront-ils à dénouer la trame des possibles, ou se laisseront-ils engluer dans la toile de la Destinée ?

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=32512

Mon avis :
Je me souviens de mon premier Mnemos : c'était Le Secret de Ji de Pierre Grimbert. Pourquoi je m'en souviens ? Hormis le fait qu'il s'agissait d'un de mes premier livre du genre (souvenirs souvenirs), cette série m'a conquis par sa simplicité. Après avoir été dégoûté de la lecture par les livres plus ennuyeux les uns que les autres que me donnaient à lire mes professeurs, j'ai redécouvert le plaisir d'une histoire simple, d'une histoire bien racontée. Si j'évoque ce souvenir ici, ce n'est point pour raconter ma vie mais pour vous parler d'un livre qui m'a donné la même impression et cocorico, il s'agit encore d'un auteur, ou plutôt d'une auteure de notre beau pays.

Contrairement à ce que j'avais dans l'idée en observant la couverture -très jolie- et le résumé, Arachnae ne vise pas un public d'adolescentes.
Depuis longtemps dominé par les femmes, le monde imaginé par l'auteur n'a pour ainsi dire rien à voir avec les productions actuelles. On pouvait craindre un ouvrage « pseudo-féministe » comme en exposent tous les mois les étagères consacrées à la bit-lit (vous savez bien, ceux où les hommes ont tous été émasculé de leur charisme pour ne plus prétendre au simple rôle de « bites sur pattes »), il n'en est rien. Tous les personnages, principaux comme secondaires, bénéficient du même soin, de la même volonté de présenter un monde gangrené par tous les vices que compte l'humain. Citons Théodora, un personnage beaucoup plus complexe qu'on ne le pense de prime abord ou encore le prince, qui place patiemment ses pions en attendant de faire échec au roi ou à la reine qui ourdit sa perte dans l'ombre.

L'action se déroule aussi bien dans la chambre princière que dans le coupe-gorge d'un quartier malfamé. Dans l'un comme dans l'autre se jouent des scènes sordides, immorales, obscènes, parfois même abjectes à tel point qu'un coeur bien attaché n'est pas de trop. Les salles de bal abritent autant d'atrocités que le sous-sol d'une minable auberge. Prince, assassins, sorciers, prostituées, gardes, espions, proxénètes, tous tuent, violent, conspirent, égorgent, manipulent, sacrifient, baisent, se droguent avec la même facilité, avec la même haine. Personne n'est épargné, surtout pas les enfants...

Jouer la carte de la simplicité, tel a été le pari de l'auteur. Dès les premières pages, on entre dans l'action. Le recours à de courts paragraphes pour exposer tous les enjeux et les acteurs de sa pièce permet à l'auteur de faire rimer concision et efficacité. La preuve en est que les pavés ne proposent pas toujours plus de substance : ce que l'on perd en interminables descriptions, on le gagne largement en plaisir de lecture. Arachnae, c'est une toile certes tissée avec des ficelles connues mais surtout une toile tressée intelligemment.

Le roman n'est pourtant pas exempte de tout reproche. Du lourd destin qui semble peser sur chacun des personnages, on n'en voit rien. En effet, à aucun moment, on ne ressent la lourde prédestination à laquelle aimeraient nous faire croire les contes et poèmes qui introduisent chacun des trois actes. D'aucuns diront que l'impression que les personnages n'évoluent pas sur des rails est plutôt positive et ils auraient raison mais ils oublieraient que la pièce repose sur cette base.

Dans un roman où tous les protagonistes sont pourris de la tête aux pieds, on a bien du mal à s'attacher à seulement l'un d'entre eux. Pour ce qui est de s'identifier, j'ose croire que vous n'y arriverez pas.
A plusieurs reprises, il m'a semblé que les dialogues manquaient de naturel. Je ne pourrais pas vous citer un passage en particulier, c'est plutôt une impression légère mais redondante. 

Enfin, j'ai trouvé la fin trop rapide. Il se dégage de cette conclusion que l'auteur rattache comme elle peut des fils qui lui ont échappés. Par exemple, sans trop en dire, la lettre de la fin offre le dénouement de trop d'intrigues. On ne peut s'empêcher de penser que l'on aurait aimé découvrir par nous-même la conclusion de ces péripéties mêmes secondaires, quitte à en prendre pour trente pages supplémentaires.

7,5/10   De la high fantasy efficace, sombre et souvent cruelle où l'auteur prend le contre-pied des tendances qui ont actuellement cours. Autant de satisfactions qui nous laisse espérer que Charlotte Bousquet remette rapidement le couvert (pourquoi pas dans le même univers ?), car Arachnae, c'est comme un bon plat : quand on a goûté et aimé, on en vient vite à attendre la prochaine surprise du chef avec beaucoup beaucoup d'impatience. Roman de fantasy construit sur le modèle d'une tragédie, Arachnae fait définitement partie des toiles dans lesquelles on aimerait plus souvent se perdre : c'est sombre mais terriblement prenant !

Simatural

Publié dans Critiques Fantasy

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Simatural 11/01/2010 17:44


Joli commentaires pour un livre qui connaît un petit succès d'estime mais pas le succès en librairie qu'il mérite. Merci pour d'avoir posté ton avis en tout cas ! :)


faelys 10/01/2010 20:51


j'ai lu ce roman ce week end et il m'a emportée, dégoutée et séduite à la fois...
http://petitesmadeleines.hautetfort.com/archive/2010/01/10/arachnae-par-charlotte-bousquet.html