Fiche n °223 : Aarib de Jérome Heydon

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Tome 1 Les yeux de Leïla
Couverture

 
Résumé : François Le Guennec est un baroudeur. Mais pas du genre tête brûlée. Plutôt du genre tête pensante, plus habitué aux crépitements de machine à écrire qu'aux rafales de mitraillette. Sauf qu'un jour le jeune homme décide de plaquer sa gentille routine et de s'embarquer pour le Maroc, pays fascinant qu'il utilise comme toile de fond à ses romans à deux sous, mais qui paradoxalement lui est parfaitement inconnu... Autant dire que les découvertes vont être légion ! Car François ignore beaucoup de choses. Comme par exemple que quelques tribus du Sahara, comme les Aarib, échappent encore au contrôle du protectorat français. Ou encore que certains de ses compatriotes expatriés seront trop heureux de trouver en lui un Candide tout apte à servir leu rs manigances politiques... Mais n'est-ce pas de l'ignorance que naît l'aventure ? Et n'est-ce pas par la découverte des autres que l'on va à la sienne ?

Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=23800

Mon avis :
L'histoire commence en 1937, en plein désert marocain, un homme, seul, sentant sa fin proche, nous raconte ses derniers jours. Personnellement, j'aime bien cette introduction. C'est assez classique, mais j'aime assez. Cet homme va mourir, et on a envie de savoir ce qui a pu le mettre dans cette situation.
Retour en arrière. François Le Guennec, petit écrivain pour un magazine féminin décide de partir à l'aventure. Direction le désert. C'est donc l'histoire de cet "aventurier" qu'on va suivre tout au long de ce tome. Son voyage en train, ses rencontres, puis au final, le peuple des Aaribs, nomades du Sahara, chez qui il va vivre, tout en ignorant que des autorités politiques ont beaucoup à gagner de sa présence là bas. Bref, une histoire de voyage plutôt classique, parsemée d'intrigues interessantes, de rencontres, de descriptions de cultures étrangères, qui rendent le tout assez sympathique.
L'interêt principal de cette bd selon moi vient de sa narration. En effet, en parallèle des différents dialogues, on suit l'histoire de François à travers ses écrits, les lettres qu'il écrit à ses parents. Cela permet donc d'apporter des précisions, des informations au lecteur, en insérant cela dans l'histoire, sans surcharge (il n'est pas rare de trouver ce subterfuge dans des dialogues, ce qui a souvent tendances à les rendre longs et ennuyeux). Et au final, on s'attache pas mal à ce personnage.
Et l'aspect visuel dans tout ça ? Parfois très (trop ?) lumineux, l'auteur gère mieux les couleurs quand le soleil se couche. Le tout avec des teintes violettes assez jolies. Et si les dessins en eux-mêmes ne sont pas les plus jolis qui soient, ils ont l'avantage d'être clairs. Les décors sont plutôt beaux dans l'ensemble, malgré le vide (désert oblige), et les personnages suffisemment expressifs pour en devenir attachants.
Bref, Aarib n'est pas la bd du siècle, certes, mais ce premier tome m'a offert un bon moment de détente.

6.5/10  Une belle petite bd, sans prétention. Plongé dans cette escapade saharienne grace à une narration originale, on rencontre avec plaisir des peuples inconnus. Un bon moment de détente et de voyage.


Tome 2 El Majnoun
 
Couverture

 
Résumé : Maroc, 1937.
Les français ont pris le contrôle du Sahara, la "pacification" est achevée.
Le temps des razzias, des luttes tribales et de l'esclavage est révolu. …leveurs nomades, chefs religieux, et agriculteurs sédentaires, sont tous citoyens de l'empire colonial, la vaste surface rose sur les cartes géographiques qui ornent les murs des écoles communales de France, o˘ l'on apprend les valeurs de la république : Liberté, …galité, Fraternité.
Toutes valeurs que François le Guennec commence à relativiser lors de son périple caravanier vers les mines de sel de Taoudenni. Là o˘ les esclaves raflés au Soudan travaillent jusqu'à la mort. Terrible destinée !
Mais la mort est pour tous. Et au désert, elle n'est jamais très loin. D'autant que la "pacification" est un concept abstrait, pour les pillards qui guettent la caravane. Les Aarib sont fatalistes, mais ils sont pragmatiques : "Prie Dieu, mais attache ton chameau !", dit le proverbe. Aussi ne traversent-ils pas l'océan de sable sans les fusils offerts par le capitaine Lagardère. Ce que François réprouve.
Jusqu'à ce qu'il ait lui-même à défendre sa peau, se sauver !
Se sauver pour retrouver Léila, l'épouser à son retour ?
Se sauver pour retrouver les siens, la France, son pays ?
Se sauver...

Informations complémentaires :

http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=30205

Mon avis
:
Si le premier tome était un simple voyage, à l'ambiance presque légère, le deuxième tome change complètement d'atmosphère. Conflits entre tribus, trahisons en tout genre, le rythme du second volume n'a rien à voir avec celui du premier. Du coup, on perd ce qui faisait l'interêt du précédent, mais en gagnant une force et une intensité insoupçonnées. Je ne rentre pas dans les détails de l'histoire, mais les choses ne se passent pas comme François l'aurait voulu, et tout se désagrège très vite autour de lui.
La narration reste la même, avec l'utilisation du journal en parallèle des dialogues. Et on retrouve le même artifice qu'au premier tome pour maintenir le lecteur en haleine (mais comment s'est il retrouvé seul dans le désert ???). 
Enfin, le style graphique est en réel amélioration. On note beaucoup moins de passages vides ou trop lumineux. La mise en scène est souvent vraiment bien sentie, et les couleurs rouges et violettes sont tout bonnement superbes.
Au final, en changeant de rythme, ce second tome gagne grandement en intensité par rapport au premier, et s'achève de bien belle façon. Une série très agréable donc.

7.5/10  Un second tome plus rythmé que le premier (entre conflits armés, enjeux politiques et trahisons...), mais aussi plus joli, plus abouti. Une série très agréable à lire.

C… 
 

Publié dans Critiques BD

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C... 25/04/2009 20:13

Voilà... dédicace passée... Un auteur vraiment sympa, ouvert et intéressant...
Sa série est réalisée après de nombreux voyages au Maroc (chose que j'ignorais au moment de la critique, et donc que je rajoute ici), ce qui je trouve, rajoute encore plus de crédit à celle ci.