Fiche n °179 : Les Mémoires d'un Maître Faussaire de William Heaney

Publié le par Simatural

Couverture :


Résumé :
William est un faussaire spécialisé dans les livres. Il est doué pour l'écriture mais préfère griffonner incognito des poèmes pour un ami plus séduisant que lui et fabriquer des exemplaires factices de premières éditions de Jane Austen qu'il vend ensuite à des collectionneurs crédules. Il n'est pas si mauvais, au fond : il reverse l'argent récolté à un foyer pour SDF et ses crimes ne font de mal à personne.
Mais si William n'a rien fait d'autre de sa vie, ce n'est pas sans raison. Il a commis quelque chose qui lui fait honte quand il était étudiant, boit beaucoup trop et ne peut s'engager dans une relation amoureuse. Ah oui, et il voit des démons. Des silhouettes éthérées qui rôdent derrière le dos de ceux qui l'entourent, guettant un instant de faiblesse. À moins que William ne voie simplement la souffrance du monde ? C'est alors qu'une femme extraordinaire, peut-être capable de l'en sauver, entre dans sa vie...
Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=31342

Mon avis :
Quand sort un livre que l'on attend vraiment mais alors VRAIMENT avec impatience, il y a deux possibilités :
- la méthode courageuse : profiter au maximum du livre en le lisant petit bout par petit bout.
- la méthode lâche qui consiste à ouvrir le livre pour ne plus le quitter.
J'aimerais vous dire que j'ai été fort mais, malheureusement, la chair est faible, et j'ai honteusement craqué.

William Heaney n'existe pas, enfin pas vraiment. Il est le narrateur de cette histoire, pas son auteur. Pour trouver l'homme à l'origine de ce roman, il faut aller voir du côté de l'anglais Graham Joyce... Il n'est pas question ici d'éventer un secret de polichinelle mais plutôt de replacer cette oeuvre dans la superbe biographie d'un auteur où elle trouve légitimement sa place.
- William, lâche mon PC ! C'est pas possible, plus moyen de faire une chronique tranquille !

William Heaney est un bureaucrate gouvernemental tout ce qu'il y a de plus normal. Enfin presque... Officieusement, il vend des éditions factices de classiques littéraires à de riches collectionneurs. Mais William ne profite même pas de l'argent de ses larcins puisqu'il reverse l'intégralité des sommes à un abri pour personnes en difficultés. Ces dons l'aident à lutter contre ses démons intérieurs. Car aussi poli, charmant et drôle que soit William (anglais de la tête aux pieds), il est torturé par des démons venus de son passé. Et comme si cela ne suffisait pas, le faussaire voit aussi les démons des autres ; aussi noie-t-il son affliction dans le vin et la bière des pubs de la capitale anglaise. Sa vie familiale n'est pas non plus au beau fixe. Il y a 3 ans, sa femme Fay l'a quitté pour un chef célèbre. Il est malgré tout resté en bons termes avec ses deux filles, Sarah et Claire. Il ne peut pas en dire autant pour son fils, Robbie, qui ne lui adresse la parole qu'au strict minimum (càd quand il a quelque chose à lui demander).

Heureusement pour lui, William a de bons amis. Citons d'abord Stinx, l'artiste à l'origine des contrefaçons, qui n'arrête pas de se faire larguer par la petite amie dont il est fou amoureux. Cependant, il soutient William lors des mauvaises passes de celui-ci et vice-versa. Jaz, top model bisexuel d'origine asiatique complète le trio. Chargé de trouver les potentiels acheteurs, ce dernier publie les vers de William sous son nom. Malheureusement pour eux, ce qui était au départ une blague prend un sérieux coup dans l'aile lorsque lesdits poèmes commencent à se faire connaître...

Entre ses deux boulots et ses amis, William semble avoir trouvé une certaine stabilité. Mais voilà que sa rencontre avec Yasmin vient ébranler ce précaire équilibre et le faussaire voit sa vie toute bouleversée. La jeune (et belle) femme a flashé sur notre maître faussaire et ne semble pas prêt de lâcher l'objet de ses convoitises malgré les réticences de celui-ci. Il est peut-être temps pour William de mettre un peu d'ordre dans sa vie...

Entrecoupée de souvenirs de son passage à l'université où l'on apprend comment William en est venu à apercevoir ces mystérieux démons, l'histoire se révèle plutôt classique dans son déroulement comme dans ses thèmes. Toutefois, l'intérêt du roman ne repose pas sur son intrigue somme toute assez prévisible mais sur son ambiance (la reconstitution de Londres est épatante), l'ambigüité fantastique (propre au genre mais aussi à l'auteur : William voit-il vraiment des démons ?) et ses ambassadeurs. Si William et sa rédemption sont au centre du roman, les différents personnages qui gravitent tout autour de lui ne manquent pas non plus de charmes. Stinx, Jaz, Otto, la sainte Antonia et le mystérieux Seamus Todd, voilà autant de personnages dont le destin ne laisse pas indifférent.

8,5/10 Tout à la fois tendre, touchant et drôle, le nouveau roman de Graham Joyce est un conte de fées modernes pour adultes où il est question de souffrance, d'amour et de rédemption. Certains le trouveront peut-être un peu naïf, d'autres tomberont à coup sûr sous le charme de ces Mémoires, preuve éclatante de l'immense talent de l'auteur anglais.


Simatural

Publié dans Critiques Fantasy

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Commenter cet article

Simatural 03/03/2009 09:16

A noter que le prochain projet de Graham Joyce sera le jeu vidéo Doom 4...

Meor 02/03/2009 09:53

Je confirme, un très bon livre. Beau et simple, bien écrit (et bien traduit). Efficace.
Surtout ne vous en privez pas!