Fiche n °158 : Péninsule de Michael Coney

Publié le par Librairie CRITIC

Couverture :


Résumé :
Appelez-les des " pièces de rechange ". Ils (ou elles) ont fait un choix : la prison pour leurs Crimes à ou la semi-liberté comme serviteurs volontairement attachés à une personne particulière. Mais pour prix de ce singulier servage, leur contrat inclut l'obligation de faire don à leur maître de tout organe ou membre corporel dont la greffe s'avérerait nécessaire en cas de maladie ou d'accident. Tel est le risque ! Joe Sagar emploie des prisonniers du pénitencier d'État dans la ferme où il élève des animaux extra-terrestres. Sans se poser de questions. Mais lorsque Carioca Jones, célèbre star de la télévision, lui rend visite, le fragile équilibre commence à se fissurer, dans cette étrange société vivant sur une Péninsule post-cataclysmique.
Informations complémentaires :
http://www.critic.fr/detail_livre.php?livre=27439

Mon avis :
Pour plus d'informations sur l'auteur, allez donc jeter un coup d'oeil à ma petite chronique sur l'omnibus des Crépuscule des Mondes. Pour faire court, disons que Michael Coney a été ma grosse découverte de l'année 2008 en matière de SF (ça et le recueil d'Alain Bergeron) et que j'attendais beaucoup de ce roman. Trop ? Pas du tout : l'auteur américain m'a une nouvelle fois épaté.

Péninsule regroupe le roman précédemment publié sous le nom Les Crocs et les Griffes, 4 nouvelles situées dans le même univers, une préface de Pierre Pelot, une présentation de l’auteur par Jean-Pierre Andrevon ainsi qu’une interview de Michael Coney.

Joe Sagar habite la Péninsule où il élève des slictes, des reptiles dont la peau sert à faire des bijoux et des vêtements. La peau des slictes a l’étrange propriété de changer de couleur en fonction des émotions de celui ou celle qui la porte. Ainsi, la dernière folie en date de Carioca Jones, une ex-star de cinéma sur la pente descendante et qui a bien du mal à accepter sa décadence, a été de commander une robe à Joe. Comme tous les habitants de la Péninsule, Joe est aidé dans son travail par ses PDC.
PDC ?
PDC comme Pièce Détachée Corporelle.
Derrière ce sigle se cache des prisonniers qui ont choisi de voir leur peine réduite en fonction des organes qu'ils donneront à leurs "maîtres". Je m'explique : chaque PDC se voit confier à un homme libre dont il devient le serviteur non pas corps et âme, mais juste de corps.
De Corps ! Anatomiquement parlant.
Car s'il arrive un accident à son maître, la PDC se voit aussitôt enlever un membre, un organe ou une autre "pièce" pour "guérir" la personne accidentée. Après tout, s'ils sont derrière les barreaux, ces meurtriers, violeurs et autres pédophiles, c'est qu'ils doivent rembourser leurs dettes à la société.
A noter que pour les citoyens libres ne disposant pas d’une PDC, il y a la Banque d’Organes. Celle-ci  fonctionne par des prélèvements faits sur des prisonniers selon les besoins du moment. Cette politique, censée éviter aux contribuables de payer pour l'oisiveté des prisonniers, devient vite  le fondement-même de la Péninsule.
Et qui dit politique dit abus et débordements. 
Car, quand on possède plusieurs PDC, pourquoi ne pas se lancer dans les sports les plus extrêmes ? Pourquoi ne pas posséder un requin comme animal familier ? 

Christopher Priest dit des romans de Coney qu'ils "se distinguent par leur combinaison d'une lecture aisée en surface et d'une grande noirceur en profondeur". Cette citation cerne à merveille les romans de l'auteur. Car oui les romans ne Coney se lisent avec facilité. Si la qualité d'écriture est au rendez-vous, l'histoire n'oublie  pas d'être passionnante de bout en bout avec de nombreux rebondissements.  Dans cet univers décadant où les hommes vivent au milieux d'animaux étranges (comme un requin modifié pour pouvoir respirer en dehors de l'eau), Joe Sagar, un homme qui ne sait plus trop quoi penser et subit les évènements plus qu'il n'agit (contrairement à l'inoubliable Carioca Jones, toujours au coeur de l'action) attirera bien vite votre sympathie.

Péninsule traite de l'insoluble problème des prisons mais aussi du pouvoir des médias et des manipulations politique, le tout avec intelligence et à-propos. Par petites touches, l'auteur nous plonge dans une ambiance apocalyptique comme lui seul sait si bien les faire et nous conte la folie ordinaire des hommes dont seule semble pouvoir venir à bout la fin du monde.

Pas toujours cohérentes avec la chronologie du roman (l'auteur est décédé avant de de pouvoir les retravailler), les nouvelles sont loin d'être anecdotique et apportent autant d'éclairages supplémentaires sur cette politique des PDC.

Une nouvelle réussite pour l'éditeur lyonnais qui mérite de trouver une place de choix dans votre bibliothèque par sa, plus que jamais, incontournable collection de la bibliothèque voltaïque.

9/10 Un grand roman par un grand auteur. Encore une fois, Coney fait preuve d'une rare humanité et loin de vouloir apporter une solution aux problèmes des prisons, il nous plonge au plus profond de l'âme humaine. C'est si noir et cruel que l'on attendrait presque la fin du monde avec empressement.
Dites messieurs les éditeurs, on pourrait pas avoir encore du Coney ?

Simatural

Publié dans Critiques SF

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